UNE RESTITUTION INTÉGRALE N'EST PLUS ENTREVUE
749, Pépin s'engageait encore à remettre par la suite aux évêchés ce qu'il gardait de leur patrimoine, il ne songeait plus, en 751, qu'à partager de nouveau les biens d'église dont inventaire était dressé. En se poursuivant pendant tout le règne de Pépin et de Charlemagne, la divisio faisait fuir la perspective d'une restitution intégrale ou plus complète.
Le premier article du programme d'Estinnes exécuté vaille que vaille, on n'en est jamais venu à l'application de l'autre point que Pépin s'était d'ailleurs gardé de préciser. Les églises durent toujours se contenter d'une partielle justice. A Ver, en 755, au synode aquitain de 768, comme du reste à Soissons dès 744, il n'est question que du soulagement que l'aumône du prince apporte à la détresse des églises les plus maltraitées et du soin qu'il prend d'assurer au clergé et aux moines de ses États de quoi décemment s'entretenir. Jamais plus un souverain ne déclarera, comme l'avait fait Carloman, qu'il veut rendre à toutes les églises tout ce qui leur a été dérobé1.
A Estinnes, le maire du palais stipulait la restitution des biens à la mort des bénéficiers et prévoyait à titre seulement d'exception le renouvellement du précaire en faveur d'un autre fidèle. De cette faculté Pépin et Charlemagne firent largement usage. En 751-2, Vulsindus, fidèle de Pépin, entre sur l'ordre du roi en possession bénéficiaire de biens de l'église du Mans, qu'un autre avait sans doute tenus en précaire avant lui et qui après lui, en 79g, passèrent dans les mêmes conditions aux mains de Germundus, vassal de Charlemagne 2. Théoriquement, les biens doivent être restitués au décès du détenteur ; sous Charlemagne encore, les précaires verbo régis le déclarent expressément 3. En fait pourtant, l'exception réservée par Carloman est devenue la règle. Comme l'exprime nettement le glossateur lombard du capitulaire d'Héristal, les biens d'église sécularisés restent aux mains des laïques,
1. C'est seulement en faveur d'une église particulière et très rarement d'ailleurs qu'un souverain marque l'intention de procéder dans l'avenir à une complète restitution. Ainsi Pépin I d'Aquitaine et Louis le Pieux déclarent rendre aux moines de Saint-Maixent une part de leurs biens, « douce Domino adjuvante per nos ipsos sive per filios... praedictam portionem rerum (celle qui est cédée en bénéfice) ad monasterium... pleniter atque intègre reddi sive restitui faciamus » (13 janv. et 10 oct. 827, HF, vi, 553 et 665). La promesse qu'aurait faite Charlemagne de rendre aux églises du Mans et d'Auxerre les biens rendus libres par la mort des bénéficiers, impliquerait l'intention de rendre tout dans un avenir assez prochain.