‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1065 sur 1164 · ÉVÊQUES DE LA FAMILLE SEIGNEURIALE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUES DE LA FAMILLE SEIGNEURIALE

usurpé 1. C'est une prérogative qui peut être à volonté cédée par le propriétaire, de la même manière qu'est aliénée à son gré Yelectio dans un monastère 2.

Les chefs des grandes maisons s'attachent à réserver les évêchés locaux à des membres de leur famille. C'est d'abord par des intrigues électorales, en faisant pression sur le clergé et le peuple, en agissant auprès du roi, que les seigneurs travaillent à faire attribuer l'évêché à un fils, à un frère, à un proche. Plus tard, ils le lui donnent de leur seule autorité 3. L'évêché devient ainsi une sorte d'apanage que le chef de famille destine à celui de ses fils qui sera le moins bien servi dans la distribution de ses autres honneurs 4. Appartenant à une grande famille du pays, l'évêque fait part des biens de

i. Vers 1077, Ie comte de Toulouse, Guillaume IV abandonne « electionem ac missionem episeopi in predicta sede (Toulouse) constituendi quam majores mei maie sibi usurpaverunt » (H L, V, Pr. 325, col. 629).

2. On a vu plus haut (p. 34, n. 6) que les grands seigneurs cèdent souvent Yelectio dans un monastère. En 910, le duc de Bourgogne a donné l'élection d'un évêque d'Auxerre à un solliciteur (plus haut, p. 44) ; Guillaume de Toulouse se dessaisit de l'élection des évêques de cette cité (n. préc).

3. A la mort d'Eble Manzer, comte de Poitiers, «filiorum ejus alter cornes, alter episcopus factus est. » Eble, avec l'approbation du roi Louis est fait évêque de Limoges et prend en outre le titre de comte de Poitiers (Redet, Chartes S. Maixent, c. 960, 23, p. 37) ; son frère, Guillaume Tête d'étoupes devient duc d'Aquitaine (Ademari Chron., III, 25, p. 146). A Verdun, le comte Godefroy a pu faire attribuer par Otton III l'évêché à son fils Adalbéron (Gerberti ep. 57, éd. J. Havet, 54 ; cf. P- 39i n. 3) ; à Reims, Herbert fait élire son fils Hugues. Le duc de Lorraine, Thierry I donne, en 1009, l'évêché de Metz rendu vacant par la mort de son frère Adalbéron à son fils enfant (plus haut, p. 45, n. 7). Richard I, duc de Normandie, attribue, en 989, l'archevêché de Rouen à son fils Robert, qui aura pour successeur Manger, fils du duc Richard II (Orderic Vital, Hist. eccles., éd. Leprévost, Delisle, II, 365 ; Acta archiep. Rotom., Mabillon, Vet. Anal., éd. 1723, p. 224). En 985, Amiens a pour évêque Guy, fils du comte d'Amiens, Gautier (Charte de Gautier, Levillain, Examen ch. Corbie, 40, p. 303). Au temps où l'empereur Conrad II recueille la succession du dernier roi de Bourgogne, vers 1036, le siège de Lyon étant disputé entre plusieurs candidats, « quidam cornes Geraldum filium suum puerulum quendam arroganter ibidem, sola presumptione auctore substituit » (R. Glaber, Chron. Y, 21, éd. Prou, 131) ; cf. Poupardin, Le roy. de Bourgogne, 156. Vers 1001, Marseille a pour évêque Ponce, fils du vicomte de Marseille, Guillaume (Cart. S. Victor, 69, I, 96). Le 16 mai 1038, l'évêque de Digne, Hugues parle de son père « in cujus potestate constitutus meus esse videtur episcopatus » {Cart. S. Victor, 738, II, 84) ; c'est évidemment le père du prélat qui lui a fait attribuer l'évêché sis dans sa potestas. Au Xe siècle, tous les sièges de la partie méridionale du royaume de Bourgogne- Provence sont occupés ainsi par des membres des familles seigneuriales du pays (Poupardin, op. cit., 300 et 324). En 1020, le comte Bernard de Besalu décide qu'à la mort de l'évêque de Besalu, l'évêché sera pour son fils puîné qui le. tiendra de l'aîné, héritier du comté, à qui il se recommandera (Marca Hispan., 191, col. 1027). Voir les exemples rapportés par M. Pôschl (III, 187 et suiv.).

4. Le 20 août 966, Matfred, vicomte de Narbonne, partage par testament ses biens entre ses deux fils, Raimond et le clerc Ermengaud : « in tali tenore ut si ad honorem episcopalem conscendit, Raymundus frater suus det solidos duo millia » (H L, V, 115, col. 256). Il est stipulé que si Ermengaud mourait « sine honore episcopali », son héritage passerait à son frère (loc. cit.).

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