‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1066 sur 1164 · ÉVÊCHÉ ET COMTÉ · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ ET COMTÉ

son évêché à ses parents et son lignage crée de grandes difficultés à son successeur quand une autre maison a pu disposer du siège 1.

Par là les sièges épiscopaux entrent peu à peu au domaine seigneurial. Il ne semble pas pourtant que le grand seigneur maître de l'évêché l'ait retenu jamais pour lui-même, qu'il y ait eu à titre héréditaire des comtes évêques, comme il y avait des comtes abbés, c'est-à-dire des seigneurs qui s'attribuaient à eux-mêmes et à leurs héritiers les fonctions épiscopales. On voit sans doute Herbert de Vermandois usurper la potestas sur l'évêché de Reims 2, mais il l'administrait au temporel comme tuteur de son fils qu'il avait fait évêque.On signale au Xe siècle des évêques qui sont aussi ducs et comtes., mais ils exercent le pouvoir comtal ou ducal soit parce qu'ils ont recueilli à titre personnel 3 un comté en plus de leur évêché, soit parce que le comté a été octroyé par les rois aux évêques de ce siège. C'est en pareil cas l'évêque ou l'évêché qui absorbe le comte ou le comté ; le grand seigneur ne devient pas un évêque laïque 4 ; il n'a pris en général possession de

i. L'évêque de Metz, Àdalbéron est préoccupé de fournir à chacun de ses frères un établissement en biens, de l'évêché (Vita loh. Gorziensis, 99, 110, 114, S S, IV, 365-9 ; Vita s. Gorgonii, 9, Mabillon, A S, III, II, 189). L'archevêque de Reims, Séulf, est en lutte avec le frère et les neveux de son prédécesseur Hervé ; il s'efforce de les écarter « a participatione rerum Remensis episcopii ». C'est pour ce motif que Séulf lie partie avec Herbert de Vermandois, qui se charge de le débarrasser des parents d'Hervé et de leur faire rendre gorge (Flodoard, Hist., IV, 35, p. 585) .

2. Flodoard, Hist., IV, 20 : « Heribertus itaque cornes potestate potitu? Remensis episcopii » (p. 578).

3. Gumbaldus appose, en 977, à un diplôme son « signum episcopi et totius provinciae ducis » (Gall. Christ., I, 1193). Cet évêque de Gascogne est en même temps duc du pays. De même, l'archevêque de Cologne, Brunon a exercé en Lorraine le pouvoir archiducal. Guérech, frère d'Hoel, comte de Nantes, fut élu évêque en 981 ; mais son frère étant mort avant qu'il fût sacré, les Nantais l'établirent comte en sa place : « episcopatum et comitatum Namnetensem in suis manibus retinuit et gubernavit » (Chron. Namnet., 41, éd. Merlet, 118). Cf. de la Borderie, Hist. de Bretagne, II, 424). Hugues, évêque d'Auxerre a recueilli le comté de Chalon (plus haut, p. 14, n. 1).

4. Le grand seigneur aurait pris possession des évêchés à titre soit de souverain (Temporalherr), soit d'évêque laïque, au sentiment de M. Pôschl, qui étudie longuement ce qu'il appelle les Laienbischôfe (Bischofsgut, III, 164-204). Tous les faits allégués nous paraissent se rapporter soit à des seigneurs (Herbert) qui s'emparent d'un évêché attribué à leur fils enfant, soit à des évêques (Gumbaldus, Brunon, Hugues) qui joignent à leur évêché une charge comtale ou ducale, soit enfin à des prélats au siège desquels a été rattaché le comitatus. Quant à Guérech, il retient « in potestate et manibus » pendant 7 ans l'église de Nantes « a pastore vidua ». Évêque élu et non sacré, il garde en sa main l'évêché, comme l'ont fait au IXe siècle maints administrateurs, évêques nommés qui n'ont jamais reçu le sacre. Il dépensa pour restaurer la cathédrale « omnia quae de episcopatu habere potuit » (42, p. 121). Il n'est ni évêque laïque ni comte évêque. C'est un évêque désigné (denominatus episcopus) qui, recueillant un comté avant d'être ordonné, renonce à revêtir le caractère sacerdotal pour s'adonner à ses fonctions séculières et garde l'administration de l'église dont le siège est réputé vacant.

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