LE SEIGNEUR DONNE L'ÉVÊCHÉ
Les biens d'église, écrit semblablement Atton de Verceil, après la mort ou l'expulsion de l'évêque sont livrés aux séculiers en pillage et en rapine 1. Le pape Grégoire V a été averti qu'à Cambrai à la mort d'un évêque ou même des autres prêtres de l'église, tous les biens ecclésiastiques qu'ils laissent sont pillés et dévastés 2. En dépit de l'anathème jeté par le pontife sur ces déprédateurs, le châtelain de Cambrai, Gautier d'Oisy, quelques années plus tard, sur le faux bruit de la mort de l'évêque, brise les portes, pille les maisons des clercs et vide les écuries 3. Après le trépas du pontife, de concert avec Robert de Péronne, il occupe le palais épiscopal4. La dépouille de l'évêque qui meurt est ainsi ramassée par toutes mains ; la féodalité, les principes du pays se la disputent. Peu à peu vraisemblablement, la maison souveraine qui prétend à l'élection des évêques s'arroge aussi dans leur dépouille la part du lion. En 1084, Raimond de Saint-Gilles déclare faire abandon de la coutume dont il avait le bénéfice à la mort des évêques de Béziers 5. C'était à cette date un droit exercé sans doute depuis longtemps par les seigneurs qui disposaient de l'évêché de Béziers. Les évêques de Carcassonne, qui n'échapperont à ce traitement qu'en 1113 6, y furent soumis vraisemblablement dans le même temps.
La souveraineté des grandes maisons qui se substitue à celle des rois, s'exerce aussi par le don de l'évêché. En 942, Guillaume Longue-épée fait tradition de l'évêché de Rouen au moine de Saint-Denis, Hugues 7. Hilduin a offert de l'argent
Decedente episcopo substantia ejus invaditur, bona ejus sicut hostium spolia dividnntur. Iste invadit ecclesiam, alter usurpât abbatiam. Exilit in medio miles dicens : Hoc et hoc dédisse mihi dominum meurn qui decessit, sacramento firmabo » (éd. Diimmler, Sitzungsber. preuss. Akad., 1901, p. 377). Il est question plus loin encore de ceux « qui defunctis datoribus alia occuparunt quae illis quidem data non sunt, sed sibi data legibus et sacramento connrmare contendunt » (p. 383).
1. De pressuris ccclesiasticis, III : « Praeterire non possumus quod res ecclesiasticae post mortem vel expulsionem episcopi in direptionem et rapinam saecularibus tradantur » (Migne, CXXXIV, 87).
2- 996, J W 3866 : « obeunte episcopo vel ceteris sacerdotibus... aliqui... soleant res ecclesiasticas quas vel episcopus sive etiam sacerdotes reliquerint diripere ac devastare » ( G esta episc. Camerac, I, ni, S S, VIII, 449).
3. I, 118 : « fractis foribus, domos clericorum furibundus irrupit, quas et stabula quoque episcopi, raptis caballis, direptioni contulit » (p. 453)-
5. Noiit. : « Guirpisco et laxo totum quod requiro juste sive injuste in avère de episcopo mortuo de ecclesia... sancti Nazarii Bitterrensis. Requirebam enim hucusque cum mortuus erat episcopus Bitterrensis totum suum avère quod inveniebatur et totam suam substantiam et habere volebam in opus meum et in meo dominio » (H L, V, 359, col. 686).