NORMANDIE, ANJOU, "AQUITAINE
Les évêchés normands échappent aussi à la royauté, sitôt qu'est constitué le duché du pays. Dès 942, on voit Guillaume Longue épée conférer l'archevêché de Rouen. En 989, Richard 1 nomme archevêque son fils Robert ; Richard II lui donne pour successeur son fils Manger que Guillaume le Conquérant destituera pour le remplacer par un moine de son choix 1. Les autres évêchés du duché sur lesquels nous n'avons pas de renseignements, dans la mesure où ils subsistent 2, ou sitôt qu'ils sont rétablis, passent évidemment aussi aux mains du duc. La maison d'Anjou dispose semblablement du siège d'Angers et plus tard de l'évêché du Mans 3.
Au sud de la Loire, la plupart des évêchés du centre et tous les évêchés du midi du royaume ont passé à la fin du Xe siècle aux grandes maisons seigneuriales. Le point extrême où s'exerce le droit du roi c'est le Puy et peut-être Bourges. Tout un groupe d'évêchés est aux mains des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine. Ils disposent de la personne et des sièges des évêques de Poitiers, Limoges, Saintes, Angoulême, Périgueux et de l'archevêque de Bordeaux ; ils nomment ce dernier, au moins en certains cas, d'accord avec les ducs de Gascogne 4.
Hesdren, » cui Alanus dux auctoritate propria ordinavit ut ecclesiam Namneticam in vita sua regeret » (Chron. Namnet., 31, éd. Merlet, 94). Pour lui succéder, Alain élut l'évêque Gautier (35, p. 104). Lors de sa dernière maladie, en 952, il convoque près de lui, à Nantes, pour prêter hommage à son fils « praelatos suos », à savoir les évêques de Dol, Rennes, Nantes, Quimper, Saint-Malo, Vannes, Saint-Brieuc, Saint-Pol de Léon, Tréguier (36, p. 105). Dans une charte du 9 août 990, les neuf évoques bretons déclarent être les témoins d'une charte « jussu Conani eorum domini » (dom Morice, Hist. de Bretagne, Pr., I, 351) ; Cf. la Borderie, II, 430.
1. Guillaume le Conquérant déposa Manger, avec l'assistance du légat pontifical, <■■ Malgerio destituto elegit dux Willelmus quemdam monachum, nomine Maurilium » (Acta archiep. Rotom., Mabillon, Vet. Anal., 224).
2. Sur l'état des évêchés normands, cf. Pôschl, Bischofsgut, III, 13. On ne peut toutefois conclure avec certitude à la disparition temporaire de l'évêché, en raison des lacunes que présentent les listes épiscopales pour le Xe siècle. Les rares documents conservés pour ce temps d'après lesquels Gams (Séries episcj, les auteurs de la Gallia christiana, Mgr Duchesne (Fastes épisc.) établissent ces listes, ne mentionnent pas nécessairement tous les évêques contemporains.
3. A la fin du XIe siècle, l'investiture de ces deux évêchés appartient certainement à la maison d'Anjou ( Imbart, 245 et 246). Le passage de l'évêché du Mans dans la dominicatura des comtes ne s'est peut-être produit par concession royale que sous Henri I (plus haut, p. 40, n. 2). En 973, Geolïroi Grisegonelle n'est pas étranger à la promotion de Renaud (p. 43, n. 4), mais on ne peut préciser en quoi consiste son intervention simoniaque. A une époque tardive, on attribuait au roi Robert II la conces=ion faite aux comtes d'Anjou des deux évêchés (cf. p. 40, n. 2).
4. On a vu que déjà Eble Manzer, avant la date de 935, met sous séquestre l'évêché de Poitiers et que son successeur Guillaume le rend à Frothaire.On en peut conclure, bien qu'on ne possède pas de renseignements directs, que les comtes de Poitiers contrôlent l'élection et confèrent l'évêché. Adémar de Chabannes témoigne qu'à partir delà fin du Xe siècle, ils ont l'investiture de celui de Limoges. En 990, Audouiti « successit... per riianum Willelmi ducis » (III, 35, éd. Chavanon, 157) ; en 1021, comme les principes Lemovicenses « decertabant... pro episcopatu », le duc Guillaume