GITE DU SEIGNEUR ET DE SES GENS
peuvent à leur gré se faire donner l'hospitalité près de leurs églises grandes ou petites et l'offrir même à qui bon leur semble *.
Les grands seigneurs ne se contentent pas d'ailleurs de l'hospitalité qui leur est due dans les églises placées sous leur ditio. Pour des motifs et parfois peut-être sous des prétextes de piété, ils visitent les grands sanctuaires voisins ou même éloignés de leur seigneurie et y reçoivent aussi un accueil souvent onéreux pour les moines ou les clercs. Le comte d'Aurillac, Géraud visitait souvent les sépulcres de Saint- Martin et de Saint-Martial 2. Le comte d'Anjou, Foulques le Bon se rendait aux grandes fêtes à Saint-Martin de Tours, mais il ne voulait pas être à charge à l'établissement ; il prenait gîte chez un clerc de petite condition, procurait à son hôte tout le nécessaire et le laissait à son départ bien approvisionné 3. Les détails où entre le chroniqueur marquent qu'une telle délicatesse de procédés envers les établissements religieux qu'ils visitaient, n'était pas d'ordinaire le fait des grands seigneurs de ce temps.
Les guerres privées des seigneurs font peser dès le Xe siècle sur les domaines des églises la menace des dévastations qu'entraînent le passage et le gîte des hommes d'armes. L'abbaye Saint-Florent de Saumur était sous la souveraineté du comte Eudes. Foulques Nerra, comte d'Anjou, en guerre avec la maison de Blois, ne cessait, aux environs de l'an 990, de dévaster au cours de ses expéditions les terres du monastère et s'y faisait donner une hospitalité ruineuse pour les moines *. L'abbé crut détourner le danger en attribuant une terre à un ■miles qui remplirait l'office de défenseur du domaine de Saint- Florent. Il fut convenu que quand Foulques s'approcherait, ce miles irait au devant de lui et obtiendrait du comte, soit de gré, soit de force, qu'il s'abstînt de prendre gîte sur la terre de Saint-Florent 5. 11 n'en résulta d'ailleurs pour les
1. Le comte d'Aurillac, Géraud, mu à la vérité par ses pieux sentiments, « tanto autem studio procurabatur ut semper juxta ecclesiam hospitaretur » (Odonis vita Geraldi, II, 16, Migne, CXXXIII, 680). La mort l'a saisi, tandis qu'il séjournait à Cézeinac, « apud... quandam sui juris ecclesiam » (III, 5, col. 692). Le châtelain d'Aubeterre donne l'hospitalité à Abbon, abbé de Fleury, « juxta quamdam sui juris ecclesiam » {Vita Abbonis, 18, Migne, CXXXIX, 408).