HOSPITALITÉ DUE AU SEIGNEUR
seigneur des moines l. C'est donc à l'établissement religieux non moins qu'à la personne du prélat que le seigneur imposera les charges du servitium.
Comme les rois, les grands seigneurs visitent par piété les églises placées sous leur souveraineté. Vers 984, Herbert de Vermandois écrit qu'il s'est mis en route pour visiter le monastère d'Homblières, afin d'y prier 2. Le seigneur est reçu dans les cloîtres comme l'était jadis le roi. En 1021, Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, venu à Limoges pour y faire élire et pour investir l'évêque, se rendit au tombeau de saint Martial et il reçut ce jour-là l'hospitalité royale au monastère 3. Dans ses abbayes, le souverain fait des séjours assidus ; les membres de sa famille, même les femmes, y ont parfois accès 4. La lèpre dont fut atteint l'abbé de Saint-Bertin, Régénoldus, empêchait le comte Arnoul de visiter le monastère. Pour cette seule raison, l'abbé qui, retiré dans sa cellule, continuait depuis un an de diriger la communauté, se trouva contraint de résigner ses fonctions et de quitter Sithiu 5. Dans l'exercice du droit de gîte, l'usurpation des droits régaliens par les seigneurs se traduira parfois par une notable aggravation des charges. A Saint-Vaast d'Arras, après la mort de Baudouin I, ce que jadis on donnait au roi en 5 ou 10 ans, il fallait le dépenser chaque fois que le comte de Flandre venait à Arras. Il était hébergé au monastère ; ses milites, au nombre de 50 ou 60, recevaient l'hospitalité dans les villae de Saint-Vaast et en abusaient. L'abbé aurait finalement racheté ces droits en acquittant le droit de gavène 6. Les seigneurs estiment qu'ils
1. Gilbert duc de Lorraine est dit le senior des moines de Stavelot (plus haut, p. 22, n. 1) ; Frédéric I, duc de Haute-Lorraine, le senior des moines de Saint-Mihiel et dela« familia ejusdem potestatis» (p. 16, n. 3). Le ier mai 921, l'abbé du monastère de Savigny donne des biens en précaire du consentement de son senior, le comte Guillaume (Bernard, Cart. Savigny, 12, p. 15).
2. Charte d'Herbert, comte abbé de Saint-Quentin, c. 984 : « causa orationis et visitationis ad monasterium (Homblières) mihi profecto » (B. N., Coll. Moreau, XIII, no).
3. En 1021, Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, venu «ad tumulum'sancti Marcialis missam audivit et juxta monasterium eo die regaliter hospitatus est » (Ademari chron., III, 57, éd. Chavanon, 183).
4. La femme du comte abbé de Saint-Bertin, Arnoul, a obtenu, en 938, licence des moines de venir prier devant l'autel du saint, « quod antea reginarum nulla concupiscere vel audebat » (Folquin, 1 1, 76, p. 142). A la fin de 960, le comte Arnoul vient au monastère avec son fils Baudouin et la jeune épouse de celui-ci. Baudouin atteint de variole le jour de Noël mourut le ier janvier et fut enseveli au monastère (80, p. 153-4).
5. II, 80 : « Tandem comité Arnulfo, morbi hujus causa, locum hune, visitatione soluta, vitante, compulsus est monasterio exire » (p. 153).
6. « pro gavuli commutatione » (Guimann, Chartul. S. Vedasli, éd. Van Drivai, 45-6).