SERVICE MILITAIRE PRÈS DU SEIGNEUR
d'incomber aux prélats en même temps que le service seigneurial. De l'abbé de Saint-Amand, Génulphus, il est rapporté qu'il a dû aliéner d'importants domaines pour satisfaire au service qu'il devait soit au roi Lothaire, soit au comte de Flandre, Arnoul x. Les devoirs des évêques et abbés vis-à-vis du seigneur et du roi se modifient suivant les progrès ou les reculs que subissent le prestige et l'autorité pratique de l'un ou de l'autre.
Dans les régions où l'autorité royale se fait encore sentir, les églises continuent d'envoyer des contingents à l'ost pour la défense du royaume 2. Les évêques y contribuent surtout en entretenant des milites aux frais de leur évêché. Les moines cherchent à se dérober, même sous cette forme, aux obligations du service. Un familier de l'évêque de Toul, Drogon, incriminait les moines de Saint-Epvre, parce qu'ils ne se prêtent, disait-il, à aucun devoir de cette espèce: « Ils ne vous apportent aucune assistance quand vous partez en expédition pour le compte du roi ; ce n'est pas avec leur secours que votre cité est fortifiée et défendue 3 ».
On estimait du moins qu'une église soumise à un seigneur ecclésiastique ou laïque devait supporter une part de la charge qui incombait à celui-ci vis-à-vis de son suzerain. Dès le IXe siècle, nous l'avons vu 4, les monastères épiscopaux sont astreints à des fournitures en faveur de leur évêque quand il est convoqué à l'ost. Les établissements religieux qui dépendent d'un laïque lui apportent aussi en pareil cas une aide. En 861, le fondateur du monastère de Wisensteig a stipulé que les religieux acquitteraient à celui de ses descendants qui exercerait sur eux patronage un cens qui serait exigible chaque fois qu'il se rendrait au service du roi. Les moines lui fourniront
i. Cf. fasc. 2, p. 453.
2. On a vu que les prélats lorrains partent, en 981, à la requête d'Otton II, pour l' Italie ou lui envoient leurs contingents (fasc. 2, p. 471, n. 5 et 481). Les faibles souverains de Francia ne sont plus dans le même temps en état d'exiger rigoureusement un service semblable. Si, en 940, 945, on voit Artaud faire campagne avec Louis IV (Flodoard, Ann., 75-6, 96), plus souvent les archevêques de Reims poursuivent leurs entreprises particulières. Les seigneurs ecclésiastiques paraissent à cet égard s'émanciper. Plus tard, les progrès nouveaux de l'institution monarchique les obligeront à un service qu'ils tendent d'ailleurs à limiter en vertu des coutumes. L'abbé Lalore a publié d'après un rôle qui paraît dater du X 1 1 Ie siècle les noms des abbayes qui « doibvent le charroi au roi, toutes fois qu'il va en guerre ». Parmi ces abbayes figurent Saint- Vaast d'Arras, Orbais, Montiéramey, Notre-Dame de Laon (Extrait de la R. de Champagne, 1884, p. 7-8).
3. Mirae. s. Apri, 25 : « Non nobis serviunt in expeditione regii famulatus, non eorum ullo auxilio vestra munitur aut tuetur civitas. Militia eget patria, vos ipse indigetis pecunia ». On en concluait que l'évêque pouvait déposséder les moines de leur, avoir (S S, IV, 518).