CHAPITRE IV Biens d'église sécularisés, restitués par les seigneurs
En saisissant les droits régaliens sur les abbayes et évêchés, les petits souverains régionaux n'ont pu laisser tomber les pratiques si avantageuses aux intérêts du pouvoir séculier qui avaient permis aux Carolingiens de disposer du temporel de leurs églises pour s'entretenir eux et leurs fidèles. En même temps qu'ils s'emparaient de l'évêché, de l'abbaye, confisquaient l'élection, investissaient leur homme de l'honneur ecclésiastique, exigeaient de lui et de son église un servicium et des redevances, les seigneurs usurpèrent aussi souvent sur le temporel dont jouissaient le prélat et la communauté ; ils détournèrent à leurs usages et à ceux de leurs milites les biens de leurs églises et en constituèrent des bénéfices pour leurs vassaux.
A la vérité, les grands n'ont jamais cessé, au cours de l'époque carolingienne du VIIIe au Xe siècle, d'envahir les biens d'église ; la maîtrise exercée par les Carolingiens sur l'aristocratie f ranque a limité, sans y mettre un terme, ses usurpations. Le plus souvent, le prince cédait lui-même aux puissants personnages devenus ses fidèles les biens d'église qu'ils convoitaient. Mais, au temps même de Pépin et de Charlemagne et surtout pendant le cours du IXe siècle, les grands, en particulier les comtes, se mettaient parfois en possession sans l'intermédiaire du souverain. Du vivant de l'abbé de Saint-Gall, Otmar, mort en 759, les comtes d'Alémanie, Warin et Ruadhard qui, dans toute l'étendue de leur comté, faisaient main basse sur les propriétés ecclésiastiques, ont frustré le monastère d'une grande part de ses biens l. Le monastère de Saint- Maur a pu être spolié par le comte d'Angers et d'autres ravis-
1. Walafrid Strabon, Vita Galli, II, 14 : « cum infra ditionis suae terminos ecclesiasticarum non minimam partem rerum suae proprietatis dominio per potentiam subicere niterentur, maximam de ejusdem monasterii possessionibus partem sibimet vendicarunt » (S S merov., IV, 333).