LORRAINE, BOURGOGNE
en précaire pour lui et pour son fils, Garnier , des biensdu monastère de Saint-Mihiel. Les moines ont consenti à cette concession, mais c'est le marquis qui l'a ordonnée ; plus tard", Rodolfe d'Amel et d'autres injustes envahisseurs de l'abbaye essayeront d'en évincer Garnier ; le duc de Lorraine, Frédéric I, seigneur des moines de Saint-Mihiel, lui confirmera cette précaire 1. Le même Frédéric construit son château de Bar sur une terre dont il dépouille l'église cathédrale de Toul 2. Son successeur, Thierry enlève des biens à Saint-Arnoul de Metz 3. En 987, le comte de Blois, Eudes I et le comte de Troves, Herbert le Jeune exigent du comte de Verdun, Godefroy qu'il leur cède pour sa rançon et celle de son fils, l'évêque Adalbéron, des villae de l'évêché de Verdun où ils élèvent des châteaux forts 4.
En Bourgogne, comme en Lorraine, les grands seigneurs sécularisent des biens d'église. Abbon écrit au pape Grégoire V que les bénéfices constitués par le comte Foulques pour ses vassaux aux dépens du monastère de Ferrières, jadis si opulent par la libéralité des rois, en ont rongé l'avoir, au point qu'il reste à peine de quoi stipendier un petit nombre de moines 5. Les comtes de Mâcon ne cessent d'entrepren-
1. Charte de Frédéric, 8 sept. 962, Lesort, Ch. de Saint-Mihiel, 27, p. 120-1. La cession en précaire obtenue du marquis Hugues, que M. Parisot identifie avec Hugues le Grand ou Hugues Capet (Ann. de l'Est et du Nord, 1906, p. 100 et Origines de la H. Lorraine, 243) n'était évidemment pas régulière. Aussi, Garnier donne aux moines, «in hujus recompensatione meriti », un bien dont il retient la jouissance pour lui et son fils. A leur mort, les deux terres feront retour aux moines.
2. Suivant la chron. de Saint-Mihiel (7, éd. Lesort, n), le duc a obtenu régulièrement la terre de Bar par un échange avec l'église de Toul. Mais au rapport du chroniqueur de Moyenmoutier, le château avait été construit « in praedio ecclesiae Tullensis », avant tout accord avec l'évêque, car il réclama près d'Otton I, qui a obligé le duc, pour réparer la violence faite (pro pervasione praedii), à céder à l'évêché, outre divers biens patrimoniaux, les abbayes de Moyenmoutier et de Saint-Dié (Lib. de s. Hild. suce, 10, S S, IV, 91). Cf. Parisot, Orig. de la H. Lorraine, 310 et suiv.
3. Vita Adalberonis II, 28 : « res quasdam Deo et sancto Arnulfo auferens » (S S, IV, 669).
4. Gerberti ep. 103, à l'impératrice Théophano :« Num villas Verdunensis episcopii quas pro redemptione sua, una cum filio A. episcopo, invitus donat God. cornes jurejurando in perpetuum ab ecclesia alienabitis. Num castra in eisdem ad eorum votum extruere patiemini » (éd. J. Havet, 96). La cession est faite « una cum episcopo », mais c'est le comte et non l'évêque de Verdun qui est requis par ces seigneurs de dépouiller l'église.
5. Ep. 1 : « eorum recordemini quae per me vobis cornes Fulco mandavit, malle se scilicet vetera monasteria diruta restaurare quam nova a fundamentis condere. Quod quam frivolum sit et omnino vacuum... Sancti Pétri monasterium... Ferrarias, priscis temporibus regia munificentia magniâcentissimum, Romanae ecclesiae membrum, nunc vero suorum vassallorum benencio ita corrosum, ut va aliquid remanserit ad stipendia paucorum fratrum » (Migne, CXXXIX, 421). Abbon avait été évidemment chargé par le comte Foulques de le disculper auprès du pape, au cours de la mission qu'il a remplie à Rome, de la part du roi Robert, en novembre