DIVISIO » FAITE PAR LES SEIGNEURS
Au Xe siècle, ce sont les grands seigneurs qui menacent de soumettre à la divisio le temporel des églises. A la mort de l'archevêque de Reims, Séulf, le clergé se décide à élire le jeune fils d'Herbert de Vermandois, crainte que l'évêché ne soit démembré par la puissance séculière 1. La divisio qui, suivant l'auteur du Dialogue sur l'état de la sainte Église, frappe l'héritage des évêques n'atteint pas seulement leur fortune personnelle. Les seigneurs du pays sont accusés d'usurper à cette occasion qui une église, qui une abbaye ; c'est évidemment l'évêché et non l'avoir patrimonial de l'évêque défunt qui subit cette violence 2. L'un des interlocuteurs en appelle aux capitulaires de Louis-le-Pieux et de Charlemagne qui interdisent de partager les biens d'église 3. Ces prescriptions étaient alors opposées bien plutôt à l'arbitraire des grandes maisons seigneuriales qu'à l'autorité chancelante du souverain.
Les grands qui attribuent en précaire des biens d'église font parfois ratifier par le roi la concession qu'ils en ont faite. Hugues le Grand, son miles Gilbert, comte de Bourgogne, et le comte Thibaut ont prié le roi Lothaire de confirmer à Guilain et à ses fils des biens de l'église de Saint-Beurry 4. Ces propriétés, qui feront retour à la basilique après la mort des précaristes, leur avaient été évidemment cédées par le duc de France et le comte de Bourgogne. Le roi confirme encore ici un précaire ecclésiastique, mais non dans les conditions où il le faisait au IXe siècle nonobstant les canons des conciles. La concession en précaire soumise à la ratification royale n'est pas le fait d'un prélat, administrateur régulier du temporel ecclésiastique, qui cherche ainsi à consolider une libéralité révocable et peut-être abusive. Il s'agit d'un bénéfice constitué par des seigneurs laïques en terre d'église et dont ils demandent à leur suzerain de confirmer la cession.
Quand les comtes et les grands dépouillent ainsi les églises, ils n'exercent pas nécessairement en place des rois un droit que les Carolingiens s'étaient arrogé et longtemps réservé sur le temporel ecclésiastique. Dans les spoliations commises
ecclesiarum in bassalatico a fidelibus principis fuerat concessa » (33, S S, III, 716). Il faut comprendre que les fidèles du prince Albéric avaient usurpé des biens d'église qu'ils tenaient de lui ou qu'ils cédaient à leurs propres vassaux et qu'Albéric a restitué ces biens.
1. « ne forte per extraneas personas episcopatus divideretur » (Flodoard, Hist., IV, 20, p. 578).