DROITS RÉGALIENS SAISIS PAR LES SEIGNEURS
ils s'en sont dessaisis sans doute d'un commun accord. Mais la restitution n'a pas été intégrale. Si le comte a rendu l'abbaye et obtenu acquiescement des siens, il s'en faut que tous se soient en fait dépouillés de ce qui appartenait à Yabbatia. Vers 955, l'évêque va trouver en effet le comte et le prie encore de lui faire droit au sujet non plus de l'abbaye qu'il a recouvrée, mais des biens de Saint-Clément, afin qu'il les rende et oblige à faire restitution ceux des siens qui tenaient injustement ces biens. Tel Cicard, qui occupait des terres dans la villa Prisciaco. Plainte a été portée aussi contre le vicomte Gautier, qui occupait une colonica de l'abbaye ; le comte et le vicomte en ont fait tradition devant l'autel de Saint-Vincent l. Leutald a exercé sans doute quelque pression sur ses fidèles, mais la restitution ne s'est opérée que lentement et dans la mesure où ses vassaux s'y sont prêtés. En 918, l'église d'Autun a obtenu restitution de la villa de Tillenay. Manassés deVergy qui l'avait usurpée s'est repenti et il l'a fait rendre par l'intervention du duc Richard 2. Deux nobles se disputaient un bien devant le comte Raimond ; du consentement des deux parties, il l'adjugea aux moines de Beaulieu qui en avaient été dépouillés 3.
Visiblement, les seigneurs se sont saisis à l'égard du patrimoine des églises, qui peu à peu passent du pouvoir royal au leur, des prérogatives qu'avaient exercées les rois. La faculté de prendre, de céder, de restituer des biens d'église vient ainsi aux mains des grands dans la mesure où ils ont réussi à usurper les droits régaliens sur les églises, à ravir au souverain l'évêché, l'abbaye, à transformer l'église royale en église seigneuriale.
Vers la fin du Xe siècle, on voit s'opérer une sorte d'émiettement des droits régaliens exercés naguère par le seul monarque sur les églises réputées royales, sur la personne de leur prélat et sur leur temporel. Sur telle église ces droits sont retenus en tout ou en partie par les rois, sur telle autre ils ont passé au seigneur local. Les morceaux dispersés tendent d'ailleurs à se rejoindre, à s'agglomérer en une série de masses qui se comportent à peu près comme celle dont la royauté avait jadis la disposition et d'où se sont détachées une à une les églises seigneuriales. Chacun des souverains régionaux cherche à concentrer en ses mains abbayes et évêchés, en confisque