CHAPITRE V
Dans quelle mesure les églises s'affranchissent au Xe siècle du do mi ni uni royal ou seigneurial
Tout ce que le pouvoir royal aperdu des droits qu'il exerçait sur les églises alors qu'il était fort et obéi, sous le règne de Pépin, Charlemagne et même au temps de Louis le Pieux ou de ses premiers successeurs, n'a pas été accaparé par les seigneurs usurpateurs des regalia tombés chez eux en déshérence. Une part aussi en a été ressaisie par les églises. Elles ont commencé à s'affranchir à l'heure où le joug que leur avaient fait porter les Carolingiens se brisait et où s'établissait, s'alourdissait sans cesse et se compliquait de nouvelles entraves celui de l'oppression féodale.
Le courant de réforme qui a traversé tout le IXe siècle, en s'affaiblissant vers la fin de cette période, reprend au Xe une nouvelle force, au sein du moins des communautés monastiques. Dans une certaine mesure, il a bénéficié de l'éclipsé du pouvoir monarchique. Il suffisait désormais aux réformateurs d'intéresser à leur œuvre le personnage qui dominait l'abbaye. Ils n'ont plus eu à compter en France avec le droit des rois qui, si longtemps, en dépit de leurs pieux désirs, ont craint de limiter la réserve constituée en faveur du pouvoir royal par les abbayes bénéfices. Uabbatia des laïques et même des séculiers, vainement dénoncée au IXe siècle, fut extirpée, dès le Xe siècle, dans maints monastères réformés. Nous avons vu le grand seigneur travailler lui-même dans ses monastères à la réforme, en convier les ouvriers, résigner volontairement et par piété en faveur d'un régulier la charge d'abbé qu'il exerçait souvent à titre héréditaire. Comme le comte ou duc abbé, le roi qui retenait une abbaye dans son indominicatum partage avec un religieux ou abdique complètement la charge du gouvernement du monastère. Il ne renonce pas à disposer de l'abbaye, mais il ne l'attribuera qu'à un abbé régulièrement