RÉFORME DES MONASTÈRES
élu1. On voit ainsi, au Xe siècle, s'opérer clans les abbayes et le plus souvent par le fait des souverains régionaux une réforme analogue à celle qu'accomplit le pouvoir central au VIIIe siècle dans les évêchés. Au temps de saint Boniface, le prince avait rétabli partout des évêques légitimes, à qui il donnait luimême l'évêché, tandis qu'il continuait de céder des abbayes à des bénéficiers séculiers ou laïques. Au Xe siècle, les abbés légitimes prennent peu à peu la place des abbés laïques, sous l'œil bienveillant et souvent par l'initiative du grand seigneur qui exerce sur le monastère les droits souverains. L'abbaye, comme l'évêché, est l'objet d'un don fait par le maître séculier, mais la cession en est réglée conformément aux exigences de la discipline monastique.
L'esprit réformiste s'attaque aussi au concept du dominium que font peser sur l'abbaye les pouvoirs laïques ; il tend à distinguer la protection de la domination. Les moines acceptent, réclament le patronage, mais se dérobent à toute puissance laïque qui porterait atteinte à leur indépendance. La protection qu'ils recherchent ou qu'ils sont aises de recevoir près de la maison seigneuriale dominante, ils la désignent sous le terme d'avouerie, de défense ou de garde. Les communautés les plus soucieuses de sauvegarder la liberté monastique ne répugnent pas à reconnaître la qualité d'avoué à un grand seigneur, dont la seule fonction sera de protéger les moines. A Cluny, saint Odilon est élu abbé, en 988, avec l'assentiment du duc de Bourgogne, Henri, que les religieux appellent leur avoué 2. Dans les dernières années du Xe siècle, Sigehard écrit que l'abbaye de Saint-Maximin a été assujettie au pouvoir et consacrée aux usages des ducs, à l'exception de la mense des moines, qui pourtant fut, elle aussi, confiée par les rois à la défense du duc, comme elle l'est encore présentement 3. Au sentiment de l'hagiographe, l'abbaye réformée et remise aux mains d'un abbé régulier reste néanmoins sous le patronage de l'ancien duc abbé. Eudes, comte de Blois, qui a fait réformer Marmoutier, est dit, en 987, instructeur et défenseur du monastère 4. Au XIe siècle, le moine de Saint-Maur qui compose la vie de Bouchard relate que le comte a demandé au roi de lui céder l'abbaye soumise au dominium royal.