‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1117 sur 1164 · DOMINIUM » LAÏQUE REJETÉ · texte numérisé non relu

DOMINIUM » LAÏQUE REJETÉ

Hugues Capet a consenti seulement à commettre le monastère à sa providence, afin qu'il soit l'auxiliaire et le défenseur de l'église contre les envahisseurs du temporel monastique et c'est cette version présentée par les religieux de Saint-Maur à Henri I que le roi fait sienne dans le diplôme qu'il leur délivre 1.

En assurant à une église un protecteur, on prend soin de spécifier qu'il ne sera pas pour elle un maître. Dès le IXe siècle, ce souci apparaît déjà parfois chez le fondateur ou le bienfaiteur d'une église. En 862, Raimond de Toulouse se dessaisissait de tout pouvoir, de toute domination exercée par les siens sur le monastère qu'il avait fondé à Vabre. 11 en sera seulement le tuteur et défenseur. Après sa mort, Bernard, son fils, sera établi non comme maître et héritier, mais comme protecteur en sa place 2. Le personnage qui a fondé et doté vers le même temps la chapelle de Montbeugny en fait don à Saint-Nazaire d'Autun, afin qu'elle soit libre de toute domination temporelle et de toute intrusion de la part de ses héritiers ; il se réserve seulement pour lui-même et son plus proche parent de garder l'église sous son mainbour, non pas en vertu d'un droit de propriété ou de succession, mais à titre de défenseur et de protecteur 3. En 861, le fondateur du monastère de Wisensteig stipule que les moines éliront librement leur abbé et auront pouvoir sur leurs biens. A celui de ses descendants, le chef de la maison, dont ils auront aide et défense, ils paieront simplement une redevance quand il sera convoqué à l'ost royale et ne devront rien à ses cohéritiers 4. La reine Richarde qui a fondé Andlau et l'a donné à l'église romaine veut que dans

1. Vita Burchardi, 2 : « ejus provicîentie commisit ut sublevator fidelis atque defensor ipsius ecclesie adversus hostes malignos terrarumque invasores existeret» (éd. de la Roncière, 9) ; Dipl. 29 juin 1058 « Ut enim a nostris majoribus comperimus, jamdictus cornes Burchardus nil aliud ab avo nostro... Hugone, de ipso loco habuit... nisi ut providentiam atque defensionera adversus hostes... atque pervasores praediorum ipsius loci haberet » (Tardif, 272, p. 169).

2. 3 nov. 862 : « Tradimus de nostra potestate, de meorum dominatione...;de ipso sancto loco tutor et defensor fiam ; post meum quoque discessum, Bernardum filium nostrum constituimus non dominatorem non haeredem sed defensorem... mea vice » (H L, II, Pr. 160, col. 330.)

3. Charte de l'évèque d'Autun, Jonas : « ut ab omni dominatione temporali de infestatione haeredum omni teinpore libéra, — ea conditione ut dum nos vel unus legalium haeredum propinquior superstites apparuerimus, non tam jure dominationis et haereditatis quam defensionis et protectionis in mundeburdum omni tempore vitae nostrae habere valeamus ». L'usufruitier paiera un cens à l'église d'Autun (de Charmasse, Cari. êgl. Autun, 45, I, 74).

4. « et ab ipso filio meo Eriho auxilium et defensioneni habeant, tempore vitae suae et similiter deinceps in optimo filiorum ejus habeant... ; illi tantum eumdem censum singulis annis persolvant, ceteris autem coheredibus nihil » (Wirtemb. U B, 136, I, 160).

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