PATRONAT SUBSTITUÉ AU M DOMINIUM
vendue par le comte de Toulouse, Guillaume Taillefer, à un laïque, Gausbert, qui a pris le titre d'abbé 1. Plus tard, le comte Pons, d'accord avec Gausbert, qui exerce au-dessous de lui la défense du monastère 2, l'a cédé aux moines de Cluny. Gausbert garde pourtant le droit qu'il possédait sur l'abbaye, droit qu'il lègue à son seigneur pour être exercé après lui par les comtes de Toulouse, qui ne donneront Yabbatia qu'à un régulier élu avec le consentement des Clunisiens3. Le dominium du grand seigneur qui vend l'abbaye, les droits qu'il confère à un abbé laïque font visiblement place à un simple patronat exercé sur le monastère réformé. Lorsqu'en iiii, Roger II, comte de Foix, se résoudra à faire amende honorable pour la violence que son père et lui-même exerçaient sur l'abbaye de Saint-Antonin de Frézélas, il se dessaisira en faveur des religieux de toute abbatia, mais en retour ils le reconnaîtront comme leur véritable auxiliaire et défenseur 4.
Le droit qu'exerçaient les laïques sur les abbayes s'est ainsi modifié dans le temps même où il échappait aux mains royales. Le courant réformiste ronge le dominium exercé sur les monastères par les puissances séculières, royale, seigneuriale, épiscopale et tend aie transformer en une simple avouerie ou protection. A cet égard, il importait surtout aux communautés réformées de s'assurer un patronage efficace et désintéressé. Celui qu'on avait longtemps demandé aux rois s'était confondu avec le dominium et leur tuitio se révélait de plus en plus inopérante, eu égard à l'affaiblissement progressif de leur pouvoir. Cette protection dont le plus autorisé des patrons séculiers avait abusé et qu'il était désormais incapable d'exer-
i. Charte de Gausbert, 9 juin 1063 : « ego Gausbertus abba nominatus olim a Willelmo comité Tolosano emptione magni pretii... abbatiam Moysiacensis cœnobii. comparaverim » (H L, V, Pr. 265, col. 522). Guillaume étant mort après sept. 1037, l'achat de l'abbaye remonte aux premières années du XIe siècle.
2. Charte du comte Pons, 29 juin 1053 : « post discessum Gausberti qui secundus a me in abbatia illa nunc esse videtur et abbas vocatur » (235, col. 470). Une variante donne dejensione en place de abbatia. Dom Vaissette (III, 318) comprend que Guillaume Taillefer lui a cédé l'avouerie en se réservant seulement la suzeraineté. Le terme à'advocatia n'apparaît pas dans les documents languedociens. Gausbert a pris le titre d'abbé séculier, mais a sans doute reçu en fief les droits souverains que possédait Guillaume, parmi lesquels figurait le droit de choisir l'abbé. Il en fait en effet abandon plus tard en faveur de Pons et des autres comtes de Toulouse. Au temps où il disposait lui-même de ce droit, il s'était adjugé le titre et les fonctions d'abbé.
3. Charte de Gausbert : « seniori meo Pontio et rilio ejus totam... dederim abbatiam post finem meum... ; et omnis posteritas... tenendo possideant et... regant et abbati regulari... regendum tradant » (col. 522-3).
4. « recognosco me culpabilem... de violentia... quam Rogerius patruus meus et ego post eum de villa Fredelaci et de abbatia sancti Antonini... feeimus... ; reddo et guerpio... omnem abbatiam sancti Antonini... Ego igitur Isarnus prior, cum consilio clericorum... commendo tibi Rogerio comiti castrum ... et de omni abbatia verus adjutor et defensor existas » (438, col. 818-20).