LA« LIBERTAS ROMANA
une sauvegarde contre celles du pouvoir épiscopal ; le monastère patronné par le pontife romain obtenait aussi des garanties contre l'ordinaire du lieu. Les clauses dérivaient parfois simplement des anciens privilèges qui limitaient l'exercice du pouvoir épiscopal. Parfois aussi, le pontife romain plaçait sous sa juridiction directe et exclusive le monastère qu'il protégeait. L'exemption vis-à-vis du pouvoir épiscopal, que n'implique nullement à l'origine la tiiitio pontificale, en devint peu à peu le corollaire nécessaire. Le monastère protégé par les Saints-Apôtres ne relevait plus au spirituel, comme au temporel, que du siège romain 1. La formule nouvelle de ce qu'on appela la liberté romaine 2 dégageait ainsi peu à peu la portion la plus vivante de l'institut monastique de l'étreinte qu'exerçaient sur lui les rois, les grands seigneurs, les évêques. La liberté romaine parut bien plus enviable que la condition de monastère royal, seigneurial ou épiscopal. La protection des monastères, au lieu de passer des mains des rois dont le pouvoir décroît en celles des seigneurs locaux, laïques ou ecclésiastiques, s'écoule très souvent vers une lointaine puissance spirituelle, se fixe au centre de la catholicité. L'exercice de l'autorité apostolique, affaibli par l'éloignement et par l'assujettissement du siège de saint Pierre aux barons de la campagne romaine, n'était pas toujours un secours, mais ne représentait jamais une menace. C'est ainsi que le courant qui portait les églises vers Rome tendit à les affranchir de toute oppression séculière, du dominium du roi comme de celui des grands.
Le mouvement réformiste soustrait aussi un nombre considérable de monastères au dominium royal ou seigneurial par l'attribution qu'en fait le fondateur ou propriétaire, le seigneur, le roi ou l'évêque à une autre communauté, qu'il charge de présider à la réforme et d'en maintenir l'observance. Tous les monastères dont la ferveur religieuse rayonne dans un cercle plus ou moins étendu ont ainsi groupé autour d'eux un nombre variable de monastères réformés par leurs soins et qui ont été placés dans ce dessein sous leur dépendance. Cluny surtout prélude, dès le Xe siècle, au développement inouï que va prendre sa congrégation 3.
Souvent aussi, on a voulu assurer à un établissement le double avantage d'appartenir à la fois au Siège Apostolique
i. Cf. P. Fabre, 84-93.