CHAPITRE VI
Comment disparaît la pratique des sécularisations propres à l'âge carolingien
Le mouvement d'émancipation qui tend à libérer les églises de la domination exercée sur elles par la puissance séculière leur a permis aussi de mettre en une certaine mesure un terme ou des limites aux détournements que le souverain opérait sur leur avoir. A la vérité, l'éclipsé de l'autorité monarchique expose les biens d'église de la part des maraudeurs à des incursions plus hardies, plus fréquentes et qui restent le plus souvent impunies. Toutefois, l'affaiblissement de la royauté, l'organisation de la seigneurie d'église, la poussée du mouvement réformiste libèrent, vis-à-vis du roi et aussi du seigneur régional qui a pris sa place, le temporel ecclésiastique assailli par l'innombrable armée des petits seigneurs. Violemment pressé par en bas, il échappe du moins en partie aux empiétements de l'autorité souveraine et à la contrainte qu'elle exerçait suivant des méthodes tenues longtemps par elle pour régulières et légitimes.
Au temps des derniers Carolingiens et au commencement de l'époque capétienne, elle n'a pas renoncé encore entièrement à la pratique des sécularisations. Le bénéfice royal ou seigneurial ronge parfois à nouveau le temporel ecclésiastique. Nous avons vu, au cours du Xe siècle, les grands seigneurs créer des bénéfices aux dépens des églises épiscopales ou monastiques sur lesquelles ils avaient substitué leur pouvoir à celui du monarque 1. Les rois des dynasties nouvelles, ceux des maisons qui régnèrent en Provence et en Bourgogne, les premiers rois robertiniens de Francia, Eudes et Raoul 2 cèdent en bénéfice des biens de leurs églises, comme l'ont fait les
i. Cf. plus haut, p. 71-79.