‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1139 sur 1164 · LES VASSAUX DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LES VASSAUX DES ÉGLISES

jusque dans la seigneurie d'église les abus que le mouvement réformiste attaquait. Les prélats engagent à leur service et à celui de leurs églises un nombre considérable de milites qu'ils pourvoient de terres appartenant à Yhonor ecclésiastique. Sous cette forme encore on voit ainsi revivre la sécularisation. L'auteur du Dialogue sur l'état de la sainte Église est préoccupé surtout du préjudice causé au temporel épiscopal par les libéralités que l'évêque a coutume de faire à sa parenté et à ses amis et que son successeur est impuissant à révoquer 1. Du moins, ces bénéficiers sont exclusivement les hommes du prélat ; ils ont pris la place des milites possessionnés jadis par les Carolingiens pour le service de la royauté. Par là, l'église se dégage des empiétements du souverain, roi ou grand seigneur ; elle entretient sa propre milice au lieu d'alimenter celle du prince. Elle dispose elle-même de son temporel pour sa défense et celle des intérêts généraux du royaume ou de la chrétienté. Au prix d'une sorte de sécularisation interne que l'église dirige à son gré, elle échappe ainsi à celle qui lui était infligée du dehors au nom du souverain.

en bénéfice. Des biens soustraits à Y indominicatum de ces cellae ou du monastère épiscopal dont elles dépendent servent aussi à constituer en faveur d'autres fidèles du prélat des bénéfices. Roricon, évêque de I.aon, expose que les moines de Saint-Vincent, « sicut etiam aliis fit locis », réclamaient la terre des villae du saint « quam nostri fidèles a longis temporibus in beneficio tenebant » (juin 969, Poupardin, Cart. S. Vincent, 4, p. 189). Une charte de l'évêque de Chartres, Eudes cède aux chanoines de Saint-Père un bien de Saint-Caraunus ; ils paieront un cens « seniori ejusdem abbatiae » (Vêtus Agan., I, 4, p. 58). L'archevêque de Tours, Théotolon autorise en juillet 939 son fidèle, l'archidiacre Dodaldus, à céder à cens une terre « ex rébus sancti Lupi quas nostrae largitionis indonum tenere videtur » (A. Salmon, p. 14). En février 954, Gunbaldus tenait en bénéfice de l'archevêque Joseph, dont il est le vassallus ac fidelis, des terres «ex rébus abbatiae sancti Lupantii (B. N., Coll. Housseau, 176, I, f° 213). L'avoir de beaucoup d'autres monastères épiscopaux sert semblablement à pourvoir de bénéfices les fidèles de l'évêque. En nov. 974, Wandalbert, neveu et vassal de l'archevêque Ardouin, tenait de lui en bénéfice des biens « ex abbatia sancti Maximi » (21, p. 243 ; Coll. Housseau, 217, I, f° 254) et disputait, en 978, aux moines de Saint-Ju'ien des dîmes « pertinentibus ad abbatiam sancti Hilarii quam in beneficium de supradicto avunculo et seniore meo et archiepiscopo Arduino tenere videbar » (Tarbé, Examen crit. de diverses chartes, R. rétrosp., 2e série, IX, 36). Une charte de l'archevêque Archambaud de sept. 991 montre que l'un de ses fidèles avait un bénéfice constitué « de abbatia ecclesie sancti Vincentii... in suburbio Turonicae urbis » (Delaville le Roulx, Ch. Tourangelles, 12, dans le Bull. soc. arch. Tour., IV, 355). Ermenthéus, officier de l'évêque d'Orléans, qui administre le monastère épiscopal de Saint-M^smin de Micy, persuade son maître de distribuer les biens des moines «militibus suis pro libito». Il se fait adjuger le plus beau morceau « per reliquos satellitum praediorum facta divisione de ipsis reliquiis » ( Mirac. s. Max, 23, Mabillon, A S. I, 585). Vers l'an 1000, l'archevêque de Lyon, Bouchard restitue aux religieux de Savigny « terras quas antecessores ejus de eadern ecclesia tollentes, cuidam militi, Sigiberto scilicet caîvo, dederant » (Bernard, Cart. Savigny, 428, p. 231 ; c. 429, p. 232). En déc. 933, l'archevêque de Bourges, Hugues rend aux moines de Saint-Sulpice une terre, qui a été enlevée à la vérité par son oncle Richard, mais dont il confesse partager la faute « peccati contagione » (B. N., lat. 13818, f<> 347 ; coll. M or eau, XIII, 44).

1. Éd. Dummler, Sitzungsber. preussisch Akad., 1901, p. 378-84

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