‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 147 sur 1164 · ABBAYE BÉNÉFICE D'UN LAÏQUE · texte numérisé non relu

ABBAYE BÉNÉFICE D'UN LAÏQUE

Vers 790, un capitulaire italien décide que tous les monastères sis dans les comtés du pays sont royaux et que personne ne les aura, sauf à les tenir en bénéfice du souverain 1.

Comme au temps de Charles Martel, ces bénéficiers sont souvent des laïques. Le synode de Ver redoutait pour les moines que leur monastère ne tombât en de telles mains 2. Au début du règne de Louis le Pieux, Wala représente au nouvel empereur que presque tous les monastères où vivent des moines, des chanoines ou même des femmes, sont occupés et ruinés par des laïques. Louis le Pieux le constate lui-même à l'issue du concile d'Aix de 816; nombreux, écrit-il, sont les clercs qui détiennent des monastères de femmes, nombreux même les laïques aux mains desquels sont tombés des monastères d'hommes et de femmes 3. Peut-être le fils de Charles Martel, Jérôme, fut-il sous Pépin le premier abbé laïque de Saint-Quentin. En tous cas le monastère avait, au temps de Charlemagne, pour abbé séculier sinon laïque le fils de Jérôme, Fulrad 4. Glanfeuil est attribué par Pépin à un certain Gaidulfus de Ravenne 5. Saint-Aubin d'Angers, Saint-Marcel de Chalon

1. Pippini cap., c. 790, 6: «De mouasteria et senedochia qui per di versos comités esse videntur ut régales siut et quicumque eas habere voluerint, per beneficium domno nostro régis habeant » ,p. 201).

2. 10 : « Et si talis causa evenerit, quod absit, quod... in manus laicorum ipsum monasterium veniat » yCap., I, 35).

3. Paschase Radbert, Vita Walae, II, 4 : « tune temporis nonnulla jani a laicis tenebantur » {SS, II, 550) ; Hlud. ep. ad archiep. : « Quamquam enim nonaulli clerici monasteria puellarum et nonnulli iaici mouasteria virorum etiam et puellarum habeant » xCap. I, 341). Ces textes s'appliquent au temps de Louis le Pieux, mais certainement l'abus remonte, à l'époque de Charlemagne. M. Pôschl (Bischofsgut, III, 164) croit à tort qu'il a disparu sous le règne du grand empereur pour reparaître dans le deuxième quart du IXe siècle, en particulier dans les régions menacées par les Normands. Cet érudit rapporte le texte du concile de Yiitz de 844 (3, Cap., II, 114) qui s'élève contre l'abbatiat des laïques, contraire, dit-il, à la coutume des rois précédents. On peut seulement en conclure que le fléau en décroissance sous Louis le Pieux (cf. plus loin, chap. VI) sévit sous ses successeurs avec une nouvelle vigueur. Les plaintes du clergé qualifient toujours d'inouï l'abus qu'il dénonce. Sous Charles le Chauve et Lothaire I, il tient semblablement pour contraire à l'usage des rois antérieurs la sécularisation des biens d'église.

4. Suivant Héméré (Augusta V eromanduorum, 70) et Colliette (Mém. pour l'hist. du Vermandois, I, 307 et 317), Jérôme fut abbé de Saint-Quentin et père de son successeur Fulrad. Jérôme, fils de Charles Martel et petit-fils de Pépin d'Héristal, copiait à l'âge de 9 ans au monastère Saint-Amand où il faisait son éducation, la vie de son ancêtre saint Arnoul, comme il nous l'apprend lui-même dans des vers qu'il transcrivait {Poetae lut., I, 89 ). Il avait été donc élevé en vue d'une carrière semi-ecclésiastique. L'abbé de Saint-Quentin, Fulrad, que convoque Charlemagne à l'ost dans une lettre qui a été conservée {Cap., I, 168), était certainement le fils de ce Jérôme, au témoignage de Théodulf {Poetae lat., I, 530). On peut se demander si les historiens du Vermandois n'ont pas commis une confusion en interprétant les vers de l'évéque d'Orléans et s'ils n'<jnt pas attribué sans preuve è Jérôme la qualité d'abbé qui n'appartient d'une manière certaine qu'à son fils. Peut-être aussi disposaient-ils de renseignements qui nous échappent.

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