‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 146 sur 1164 · DON DE L'ABBAYE · texte numérisé non relu

DON DE L'ABBAYE

par les princes intéressés à garder la disposition de l'évêché, l'abus qui en était fait par les séculiers, a pris le caractère d'une mise en régale.

Si, sous le règne de Pépin et de Charlemagne, l' episcofiatus souffre encore, mais dans une moindre mesure, de l'envahissement du pouvoir séculier, celui-ci a gardé sur Yabbatia, nonobstant la réforme, tout ce qu'il avait usurpé. A Soissons, Pépin prenait soin déjà de distinguer les abbés légitimes de ceux qui ne sont pas en règle avec la discipline et desquels il continue d'exiger le service militaire personnel 1. Ni lui, ni Charlemagne ne renoncèrent à disposer à leur gré des abbayes. A Ver, en 755, les évêques, en réservant le consentement des moines, reconnaissent que l'abbé doit être établi par la parole et la volonté du roi 2. Dans les dernières années du VIIIe siècle, quand meurt l'abbé d'un monastère qui ne relève que du prince, il est rare que celui-ci laisse les religieux élire librement l'un d'eux. Une lettre écrite par des moines antérieurement à l'an 800, rappelle que dans les temps qui suivirent la fondation du monastère, la coutume était que l'abbé fût choisi par la communauté et confirmé par le roi, mais les moines ont perdu cette loi ; ils espèrent que le souverain la leur restituera et demandent à d'autres religieux de prier Dieu qu'il lui inspire cette pieuse résolution3. Comme cette lettre a passé dans un recueil de formules, les faits qu'elle expose se reproduisaient sans doute fréquemment au préjudice des communautés monastiques.

Uabbatia qui cesse d'être exercée par des abbés réguliers, passe à des fidèles du prince qui la tiennent de lui en bénéfice. Le même formulaire renferme une autre lettre, écrite sans doute par les mêmes religieux ; ils s'adressent au roi pour lui rappeler que ses prédécesseurs ont décidé que leur abbé doit être choisi dans la communauté; mais en dépit de ce privilège, le roi a cédé leur monastère en bénéfice à leur grand détriment 4.

1. Cf. plus haut, p. 35. n. 2. Tel sans doute cet abbé Warncharius qui, envoyé à Rome par Pépin en 756, a revêtu la cuirasse pour l'amour de saint Pierre et a combattu pour la défense du pape et des romains (Lettre d'Etienne II à Pépin, Codex Carol., 8, Ep., III, 498), et ce Gaidulfus de Ravenne « Gaidulfo cuidam Ravennati » à qui Pépin a donné Saint-Maur, (Odonis mit. s. Mauri, 1, SS, xv, 464). Un capitulaire de Charlemagne {Cap. miss, spec, 802, 32 et 33, p. 203) distingue les abbates canonici et les abbates régulâtes.

2. Plus haut, n.7 de la p. 39. M. K. Voigt (Die Karol. Klosterpolitik. 52) observe que l'attribution de Glanfeuil à Gaidulfus de Ravenne (cf. n. préc.) paraît être en relation avec les expéditions d'Italie et que par conséquent, cet Italien fut pourvu de cette abbaye vers le temps où se tint le synode de Ver.

3. Fortn. salicae Merkel., 62, Indiculum ad alios fratres, Zeumer, Form., 262.

4. 61, Indic. supplicatorium ad regein: «Ex qua die nos ille beneficiasti... ex illa die non habuimus nec vestimenta nec calciamenta nec uncto nec sapono nec cibo, sicut antea fuit consuetudo » (p. 262).

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