PRÉLATS HOSTILES AUX CAROLINGIENS
Les Carolingiens ont dû briser les résistances que leur opposèrent des prélats gagnés sans doute à la faction aristocratique adverse 1. Dans la lutte qu'ils soutinrent pour saisir et retenir la mairie du palais en Neustrie, ils eurent à compter avec une aristocratie ecclésiastique en même temps qu'avec les grands laïques. Après la bataille de Testry, saint Ansbert de Rouen a été représenté à Pépin d'Héristal comme un adversaire. Le nouveau maire du palais l'exila au monastère d'Hautmont. Du moins Ansbert reçut-il, avant de mourir, l'autorisation de reprendre possession de son siège 2. Charles Martel, aux prises avec de plus graves difficultés, fut moins modéré. Rigobert, évêque de Reims, qui a refusé de lui ouvrir les portes de sa cité au temps où il luttait contre Raginfride, est banni comme traître 3, sans doute après la victoire de Charles en 717. Ainmarus, évêque d'Auxerre, accusé d'avoir favorisé, au cours d'une campagne en Aquitaine, l'évasion du duc Eudes, a été jeté en prison, puis ayant réussi à s'enfuir, fut rejoint et massacré 4. Après seize ans d'épiscopat, Eucher à qui Charles Martel avait accordé le siège d'Orléans, fut chassé par lui à l'instigation d'envieux et proscrit avec toute sa parenté, que, trompé par ses ennemis, Charles déclarait être une famille de gens indomptables, belliqueux et puissants 5. Neveu et successeur à Orléans de Savaricus, qui peut-être ne se distingue pas de l'évêque d'Auxerre du même nom, lequel a subjugué le pays d'Orléans et en aurait aussi saisi l'évêché 6, saint Eucher paraît bien être la victime d'une faction rivale de celle à laquelle il appartenait lui-même. C'est parce que Gauzioléne, évêque du Mans, est le fils du
1. M. Pôschl (1, 116) estime que les évictions prononcées par Charles atteignaient les prélats qui résistaient à la sécularisation des biens des églises entreprise par le maire du palais. Aucun texte ne justifie cette hypothèse.