‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 153 sur 1164 · ÉVÊCHÉS, ABBAYES « HONORES REGNI · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉS, ABBAYES « HONORES REGNI

cer dans nos domaines ; tout y sera préparé pour vous recevoir selon les ressources du lieu \ » Encore de tels abbés avaientils souci d'entretenir décemment la communauté des moines ou des chanoines confiée à leur sollicitude. Il en est d'autres qui jouissent de leur bénéfice, exactement comme le faisait au temps de Charles Martel l'abbé de Saint- Wandrille, Réginfride, qui n'avait aucun égard aux besoins des moines, leur refusait vivres et vêtements et employait toutes les ressources à son usage 2 : « Depuis que vous nous avez cédés en bénéfice à tel personnage, écrivent des moines, probablement à Charlemagne, nous n'avons plus eu ni les vêtements, ni les chaussures, ni l'huile, ni le savon, ni les aliments qui nous étaient habituellement fournis 3 ». Une communauté survit difficilement à l'incorporation du monastère à un comitatus. C'est seulement au temps de Louis le Pieux qu'un comte de Brioude, animé de sentiments religieux, releva le cloître de Saint- Julien et y réunit de nouveau des serviteurs de Dieu. Benoît d'Aniane, au lendemain de l'avènement de Louis le Pieux, lui dénoncera la ruée des séculiers qui se portent à l'assaut des monastères afin de détourner à leurs usages les stipendia des moines 4.

Ainsi, dès le temps deCharlemagne, évêchés et abbayes constituent une portion de cette masse de biens, droits et charges dont le souverain jouit personnellement ou qu'il distribue à ses serviteurs et qu'on appelle son regnum, son bénéfice. La sécularisation, qui, à la fin des temps mérovingiens, frappe le temporel ecclésiastique, s'est continuée et en quelque sorte consolidée sous les premiers Carolingiens par le passage aux mains du roi, la mise en régale de tout ce que l'aristocratie laïque avait usurpé sur les églises. D'accord sur ce point avec Charles Martel, Pépin et Charlemagne s'adjugent l'objet du larcin ; évêchés, abbayes, moindres bénéfices constitués en terres d'église, figurent dès lors parmi les honores regni dont dispose le souverain5.

i. : « Manda vero per nostras curtes ; quicquid ibi erit, omnia tibi parata erunt » (150, Ep. IV, 246).

2. Gesta abb. Fnn/an., 12 : « alimenta rorporis ac tegumenta eis subtrahens propriis usibus retorquebat » (SS, II, 285).

Page 1