‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 155 sur 1164 · ÉVÊQUES, ABBÉS FIDÈLES DU PRINCE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUES, ABBÉS FIDÈLES DU PRINCE

Il n'en est fait distribution qu'à ses fidèles. Non moins que les bénéficiers qui tiennent de la largesse- du roi des biens d'église, les évêques et les abbés sont engagés, vis-à-vis de Pépin et de Charlemagne comme précédemment de Charles Martel, dans les liens de la fidélité. Quand les Capitulaires et les Annales énumèrent les diverses catégories des fidèles royaux, on y voit figurer les prélats à côté des comtes et des autres vassi *. La personne de l'évêque, de l'abbé pouvait-elle être épargnée par la marée montante des idées et institutions vassaliques qui envahissent toute la société de ce temps 2 ? Dès l'instant d'ailleurs qu'une famille réussissait à imposer son autorité au reste des grands, la mainmise de ceux-ci sur les évêchés et abbayes précipitait les évêques et abbés au rang des fidèles du prince et les rattachait aussi étroitement à sa personne que les détenteurs des honneurs laïques. Les premiers Carolingiens, en effet, ne laissèrent nantis que ceux qui entrèrent dans leur recommandation, à qui eux-mêmes firent cession de l'évêché, de l'abbaye, des biens d'église occupés jusqu'alors sans titre ; ils disposèrent seuls de l'héritage de ces intrus. Désormais nul ne put garder ou recevoir évêché, abbaye, domaine ecclésiastique sécularisé, qu'à condition d'être un fidèle du prince et de tenir de lui l'église ou les biens ecclésiastiques.

Les liens nouveaux qui rattachent les églises à la couronne et les prélats à la personne royale, les assujettissent aussi à des charges et à des devoirs inconnus à l'âge antérieur. Pépin et Charlemagne firent, les premiers, du service de l'ost une obligation stricte et régulière des chefs et des sujets des églises. L'usurpation des évêchés et abbayes par l'aristocratie guerrière à la fin du VIIe siècle, avait fait perdre aux prélats leur caractère pacifique. Les synodes de réforme tentèrent de les ramener à l'exercice pur et simple de la profession ecclésiastique et monastique. Interdiction fut faite aux évêques et aux serviteurs de Dieu de paraître à l'armée. Mais Pépin et Charle-

i. Pippini cap., 782-786 : «Cum adessent nobis cum singulis episcopis, abbatibus et comitibus seu et reliqui fidèles nostros Francos et Langobardos » (Cap., I, 191) ; Cap. saxon. : « Convenientibus in unum Aquis palatii, in ejus (régis) obsequio venerabilibus episcopis et abbatibus seu inlustris viris comitibus » (p. 70) ; Cap. miss., 802, 18 a : « Ut... inquirant inter episcopis, abbatis sive comités vel abbatissas atque vassos nostros » (p. 101) ; Ep. ad Ghaerbaldum: «Nos cum fidelibus nostris tam spiritualibus quam saecularibus tractantes » (p. 245) ; Cap. de causis cum episcopis : 811 : « brevis capitulorum quibus fidèles nostros episcopos et abbates alloqui volumus » (p. 162) ; cf. Cap. de just., 7, P- t-77 \ Cap. Aquisgr., 813, p. 170 ; Divisio regni, p. 126 ; Ann. Lauresh., 799 : «rex... terram... divisit inter fidèles suos, id est episcopos, presbyteros, comités et alios vassos suos » (SS, I, 38).

2. Le serment de fidélité est exigé de tous les ecclésiastiques, des canonici comme des évêques, abbés, comtes, vassi royaux (Cap. miss., 792 vel 786, 2, p. 66 ; 802, 2, p. 92).

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