CHAPITRE VI
Abbayes, évêchés et l'esprit réformiste sous Louis-Ie-Pieux
Depuis le temps où saint Boniface réunissait des conciles de réforme, aucune réclamation n'avait été élevée, à notre connaissance, au sujet, de l'usage fait par les Carolingiens des églises et du temporel ecclésiastique. Les dispositions législatives prises sous les règnes de Pépin et de Charlemagne pour compenser le détriment causé "au temporel des églises, doivent être rapportées, semble-t-il, à l'initiative spontanée du monarque. Les prélats ne paraissent préoccupés que d'obtenir, chacun pour leur église particulière, la faveur spéciale d'une restitution. Les conciles assemblés sur l'ordre de Charlemagne se bornent à le prier d'imposer la stricte observance des décisions arrêtées par lui relativement aux précaires, à la double dîme, aux réparations des églises. A des princes, qui par ailleurs avaient mis fin à l'anarchie dans l'Église et dans l'État, assuraient au clergé et aux moines sécurité et protection, pouvait-on ne pas faire confiance ? La reconnaissance contribuait avec la crainte à faire taire ceux qui sentaient peut-être combien la discipline restait encore en souffrance. Charlemagne n'eût accepté aucune remontrance ni sur l'article des sécularisations ordonnées par ses prédécesseurs et par lui-même, ni au sujet de l'attribution des abbayes à des séculiers, du don de l'évêché à ses créatures, des charges qu'il faisait peser sur les prélats et les églises. En Francia, aucun membre du clergé n'a eu la hardiesse, ni sans doute même la pensée de protester.
En. Aquitaine où règne le jeune Louis, la réforme introduite dans les monastères par Benoît d'Aniane, provoque la colère des comtes et des milites qui fréquentent le palais. A les entendre, le réformateur est un moine vagabond, envahisseur