BENOÎT D'ANIANE EN AQUITAINE
du bien d'autrui 1. En rétablissant la stricte observance dans les communautés, Benoît menaçait la tranquille possession soit des abbés laïques qui détenaient le monastère en bénéfice, soit des milites qui jouissaient par ordre royal des biens monastiques. Comme ni les uns ni les autres n'avaient souci du dénuement des religieux, Benoît cherchait sans doute à remettre les communautés réformées en possession d'une part au moins de leur avoir.
Contre la mauvaise volonté des abbés séculiers, les réformistes trouvaient un appui auprès du roi d'Aquitaine, qui a préposé Benoît à la surveillance de tous les établissements religieux du pays. En 808, la communauté de stricte observance installée dans la cella deNoaillé, est soustraite par un diplôme royal à l'autorité des recteurs de Saint-Hilaire de Poitiers. On ne peut en effet, déclare le roi, laisser le gouvernement des moines observants à ces abbés de condition différente que les besoins de l'État obligent d'établir dans les monastères 2.
Les griefs des grands contre le fauteur de l'observance n'avaient pas chance d'être accueillis par Louis ; aussi adressèrent-ils leur plainte à Charlemagne. L'empereur fut, disait-on, si courroucé, que les amis de Benoît le dissuadaient d'aller présenter sa défense au palais. S'il le faisait, il ne reverrait plus son pays. Benoît affronta la menace d'exil et, suivant le rapport de son biographe, le Ciel changea si bien les dispositions de l'empereur, qu'il le renvoya avec honneur en sa patrie d'où les envieux avaient cru l'arracher. 3
C'avait été miracle, aux yeux de tous, si l'abbé d'Aniane avait trouvé grâce auprès d'un maître peu disposé à laisser le clergé et les moines s'insurger, même indirectement, contre les pratiques qu'il tolère ou ordonne. Lorsque Louis, le protecteur de l'abbé d'Aniane, eut pris en mains, à la mort de son père, le gouvernement de tous les pays francs, l'esprit réformiste, longtemps contenu, fut libre de se donner carrière. La renaissance du droit ecclésiastique, le développement de la science canonique et scripturaire parmi le clergé franc l'amenaient nécessairement à souhaiter un retour complet aux règles. D'autre part la piété du nouvel empereur, sa docilité aux avis des évêques et des religieux, les gages qu'il avait donnés déjà
1. Vita Bened., 29 : « aulae regiae militum stimulât corda, quorumdam ctiani comitum subvertit nientem,... circillionem rerumque cupidum et prediis aliorum
nvasorem... clamabant » (SS, XIII, 211).
2. Mai 808, BM 519: « Propter diversos abbates quos saepe nobis antecessoribus successoribusque nostris mittere contingit propter rempublicam perpctrandam » (Redet, Chartes deNoaillé, Bibl. École chartes, II, 79.