‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 194 sur 1164 · Cf. plus haut, p. 164, n. i · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 164, n. i

2. Vita Adalh., 68 : « Dicebat enim quod multinon soluiu rectores ecclesiarum sed etiam ipsi ibidem Deo degentes qui saeculo renuntiasse videntur,... quod rébus nimiis abundarent, in tantum ut saeculo servire denuo cogerentur... Constat igitur nos in praesenti tempore ideo reipublicae deservire, quia ipsa nostris attenuata cupiditatibus ex se subsistere non posse manifeste causatur ;... et idcirco... facti sumus turpissimae servitutis, etiam inviti, servi » (p. 531). Adalhard, comme Wala, rappelle ensuite le précepte de l'apôtre : « Nemo militans Deo... ».

REPROCHES ADRESSÉS A WALA 167

lière les biens qu'elle occupe déjà et de renouveler, sur l'ordre du prince, les concessions en précaire, conformément à la législation d'Estinnes ; mais on pouvait aussi comprendre qu'il les invitait à consentir de nouveaux sacrifices et à souffrir d'autres partages.

Aussi les blâmes ne lui sont-ils pas épargnés. A entendre des gens malveillants, Wala avait proposé de dépouiller davantage encore les églises. Ils affirmaient mensongèrement qu'à l'en croire, il convenait de diviser les biens d'église, de ne laisser au clergé et aux moines que l'indispensable et d'abandonner tout le reste à la milice 1. A supposer même que Wala ait voulu inviter les évêques à céder en précaire des biens non sécularisés jusque-là, on n'eût pas eu le droit de lui adresser un tel reproche. S'il admettait qu'un évêque accordât librement des bénéfices à des laïques chargés désormais de remplir les obligations militaires de leur église, il n'encourageait aucunement le souverain à saisir une fraction nouvelle du temporel ecclésiastique pour le distribuer à ses propres fidèles. La part faite aux bénéficiers laïques n'eût été accrue qu'à l'effet de constituer autour des églises, en vue des charges militaires qui leur sont imposées, une vassalité qui dépendît exclusivement d'elles et non pas du souverain. Si telle a été la pensée de Wala, il marquait aux évêques et aux abbés la seule méthode qui leur ait permis, par la suite, de résister à l'arbitraire roval, de maintenir vis-à-vis du souverain leur droit de disposer seuls du patrimoine de leurs églises et de grouper ainsi autour d'elles des milites qui défendront leurs intérêts et leur indépendance en même temps que la cause du monarque. La plupart sentirent, au rapport de Paschase Radbert, combien étaient peu fondés les reproches qu'on adressait à l'abbé de Corbie. Il avait voulu se garder de toute conclusion téméraire ; il s'en tenait à l'indispensable, professant que les clercs et les laïques devaient mettre la loi divine au-dessus des biens terrestres. Quelques évêques tentèrent de provoquer de sa part de nouveaux éclaicissements ; il refusa d'ajouter un seul mot à ce qu'il avait dit en public devant l'empereur 2.

i. Vita Walae, II, 4 : « de eo nonnulli calumniantur quia voluerit res ecclesiarum dividerentur, tantumque remaneret ecclesiis, quantum admodum sufficeret ; cetera vero militiae deservirent » (p. 549).

2. 4 : « Nequaquam igitur ita est,... sicuti et tune temporis plurimi sensere : quia ille super hac re nihil temere praefinivit vel significavit : sed hortatus est solummodo, quodeumque fiendum esset, sic omnino fieret, ne utri eorum pro rébus terrenis in Deum peccarent. Unde cum a quibuslibet tentaretur episcoporum, quid exinde vellet, nihil aliquis aliud rescire potuit, quam quod omnibus coram Augusto îimul dixit » (p. 549).

168 l'épiscopat n'admet plus la sécularisation

Dans les temps qui suivent la réunion d'Aix, l'épiscopat ne paraît nullement disposé aux concessions que Wala jugeait opportunes. L'empereur, qui n'avait pu réunir au palais qu'un petit nombre de conseillers, a ordonné aux évêques de s'assembler en divers lieux pour étudier de leur côté les réformes qui s'imposent. Le rapport présenté à Louis à l'issue de ces assemblées épiscopales et en vue du plaid tenu à Worms, en Août 82-9 1, adopte au sujet des biens d'église la solution conciliante suggérée jadis à l'empereur par Adalhard etHélisachar et qu'il a recommandée lui-même au plaid de Thionville. Les évêques prient le souverain de faire en sorte que les détenteurs des biens ecclésiastiques les traitent pieusement, avec révérence et crainte de Dieu. Ils connaîtront qu'il s'agit de biens consacrés au Seigneur, afin d'en tirer profit temporel, mais en évitant que leur ignorance et négligence n'entraînent la perte de leurs âmes. Beaucoup néanmoins soupçonnent les évêques de présenter ces observations plutôt par cupidité qu'en vue du salut de ceux qui retiennent ces propriétés : « En vérité, ajoutent-ils, nous ne désirons nullement les dépouiller des biens qui leur ont été conférés, mais pourvoir à leur salut à tous. Le profit de leur âme nous est plus cher que l'appétit des biens terrestres, dont beaucoup nous croient affamés 2. »

Comme ils l'ont admis déjà sans doute au plaid de 823, les évêques acceptent que les biens sécularisés ne soient, pas restitués, à condition que les détenteurs reconnaissent les droits de l'église, acquittent les charges et ne dévastent pas les domaines dont on leur laisse la jouissance. Mais le conflit entre le clergé et les laïques reste ouvert : éclairé et stimulé par les discussions dont Agobard et Wala ont pris l'initiative, l'épiscopat tient que la sécularisation des biens d'église n'est en aucun cas légitime ; qu'elle met en danger l'âme du ravisseur sacrilège Aussi les laïques restent en défiance ; ils soupçonnent le clergé de vouloir les dépouiller des biens que l'intérêt public, disent-ils, oblige de consacrer aux besoins de la milice du royaume. En 836, les dispositions des deux parties n'ont pas changé; car au concile d'Aix 3, les évêques reproduisent le

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