SÉCULARISATIONS FAITES PAR LOTHAIRE I
avait enlevée, dit-il, à cause du différend qui s'était élevé entre lui et son père; le comte Matfroi, son fidèle ministerialis, tenait de lui ces terres en bénéfice 1.
Après la mort de son père, il a manifesté plusieurs fois l'intention de réparer le dommage qu'il avait infligé aux églises en raison de sa querelle 2. Mais soucieux avant tout de gagner aux dépens de frères ennemis ou de garder des fidèles, il
i. 3 janv. 848: « Vallem Tillinam quae in regno Italiae consistit... ob dissentionem quae inter doninum et genitorem nostrum Hludowicum et nos nuper versata est, a potestate. . . loei fuerat remota ». Le bien est restitué à la prière de Matfroi, « qui eandem nostro retinebat jure beneficiario Vallem » (Tardif, Mon. hist., r68, p. 106). Le 21 oct. 843, Lothaire avait confirmé à Saint-Denis les biens que le monastère possédait dans ses États, en particulier dans les localités du royaume lombard dites Vallis-Tillina etc., et le privilège d'immunité et de tuitio qui les couvre {HF, vm, 374-375). Il faut sans doute entendre que l'empereur confirme le droit de propriété des moines, non seulement sur les biens dont ils jouissent, mais sur ceux qu'occupent en bénéfice ses fidèles, en particulier ce Matfroi. Le même personnage a peut-être été mis au même temps en possession de biens du monastère de Saint-Claude. Un diplôme interpolé du 21 sept. 854 rapporte que le Comte Matfroi a tenté d'appliquer à des usages profanes et de s'approprier des biens de ce monastère, à la faveur de la qualité d'avoué qui lui aurait été conférée par les prédécesseurs de Lothaire (BM 1169 ; HF, vm, 393). Bien que le passage relatif à l'avouerie soit très suspect, il est vraisemblable que mention était faite de Matfroi dans la pièce authentique qui fut certainement utilisée par le faussaire. Il semble donc que Matfroi ait saisi, de l'aveu de Lothaire, des biens du monastère.
2. Suivant un diplôme du 21 oct. 843, dont la formule est très apparentée à celle du diplôme du 3 janv. 848, le monastère de Saint-Mihiel que Lothaire restitue aux moines de Saint-Denis, leur aurait été aussi soustrait en raison du dissentiment de Louis le Pieux et de son fils ; à la date où il leur est ainsi rendu, il est tenu en bénéfice par le même Matfroi (BM n 10, Tardif, 169, p. 107). Au jugement de Sickel {Acta Karol., 11, 231), le diplôme conservé aux Arch. nat. est tenu à tort par Tardif pour un original ; mais la pièce revêtue d'un sceau authentique et munie de notes tironiennes, remonte certainement à une époque contemporaine (cf. Miihlbacher, Die Datirung der Urkunden Lothars I, dans les Wiener Sitzungsber., lxxxv, 1877, p. 527). Matfroi qui, le 21 oct. 843, tenait l'abbaye en bénéfice, n'en jouissait pas encore le 20 janvier 841, car à cette date Lothaire accordait aux moines de Saint- Mihiel. à la prière de leur abbé Hadegand, divers privilèges (B M 1079 — 1081, Lesort, Chartes Saint-Mihiel, n-i 3, p. 71-78), parmi lesquels figurait le droit d'élire librement leur abbé. Hadegaud lui a fait confirmer un précepte délivré « quondam predecessori suo Smaragdo » (13, p. 77), qui paraît bien être son prédécesseur immédiat et qui, de 816 à 826, a obtenu de Louis et de Lothaire des privilèges semblables (7-10, p. 63-71). En mai 772, Charlemagne accordait à ce monastère, à la prière del'évêque abbé Ermengaud, l'immunité (Lesort, 4, p. 55) ; un autre diplôme du même roi, qui est perdu mais a été utilisé parle chroniqueur de Saint-Mihiel (Lesort, p. 7), autorisait les moines à élire leur abbé. Le monastère figurait en 819 sur la liste des établissements réguliers royaux à qui est assuré ce privilège (Cf. Les ordonn. mon. de Louis le Pieu x dans R.d'hist. de l'Église de France, 1920, VI, 491) que lui confirment, le 2 décembre 826, Louis et Lothaire {Lesort, ro, p. 70) ; il obtient, le 2 juin 816, un diplôme d'immunitas-tuitio (5, p. 58), qui le met à l'abri des prétentions de tout autre propriétaire que le roi. Sous le règne de Louis le Pieux, le monastère n'a donc jamais été dans l'appartenance des religieux de Saint-Denis et n'a pu, par conséquent, leur être retiré par Lothaire, en raison du conflit qui s'éleva entre son père et lui. Le 31 mai 846, Charles le Chauve confirma le privilège par lequel Louis avait pris Saint-Mihiel sous la protection de son immunité. On ignorait alors complètement au palais de Charles que trois ans plus tôt, Lothaire eût restitué Saint- Mihiel aux moines de Saint-Denis ; le roi de la Francia occidentale, si attentif aux intérêts de ses religieux de Saint-Denis, confirme l'indépendance d'un monastère