‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 203 sur 1164 · ÉGLISES SPOLIÉES SOUS LOTHAIRE · texte numérisé non relu

ÉGLISES SPOLIÉES SOUS LOTHAIRE

continue de puiser, et plus largement encore \ dans le temporel ecclésiastique. A l'église de Trêves, il soustrait le monastère de Mettlach, pour l'attribuer à son serviteur, Guy 2. L'évêché de Toul a perdu pour un temps l'abbaye de Saintlorrain, que le souverain du pays aurait reconnu leur appartenir. Si, comme il semble, le diplôme du 21 oct. 843 est authentique, il y faut voir la trace, bien vite effacée, d'une tentative faite par les moines de Saint-Denis pour rentrer en possession de Saint-Mihiel que Pépin leur avait cédé >BM 78, DD Karol., 8, p. 12) mais qui était émancipé dès le temps de Charlemagne. Mention est faite, dans le diplôme du 21 oct. 843, de l'intercession d'Hilduin. 11 s'agit peut-être de l'ancien abbé de Saint- Denis, qui, dépouille de ses abbayes par Charles, est entré au service de Lothairc, a obtenu de lui la charge d'archichapelain et la promesse de l'évêché de Cologne. (Cf. F. Lot, De quelques persfmn. du nom de Hihluin, dans Le M<>vc>i âge, vu, igo3, p. 268-274) ; il n'aurait pas cessé de s'intéresser aux religieux dont il avait constitué la mense. D'accord avec son successeur Louis, qui est un parent de Lothairc, profitant de l'accord survenu entre Lothaire et Charles, il aurait décidé l'abbé séculier Matfroi qui, en cette même année 843, est gratifié de Saint-Vaast (Chron. Vedast., SS, xm, 708), à se dessaisir en faveur des religieux de Saint-Denis de Vabbatiu de Saint-Mihiel, qu'il avait récemment obtenue en dépit du privilège de libre élection accordé en *\i à I abbé Hadegaud. Rapport fut fait à la chancellerie impériale, par le notarius summus lui même, que Saint-Denis avait été frustré de ses droits, lors des démêlés de Lothair-; et de Louis, la diplôme de Lothairc, délivré sans doute à l'iusu dés moines qui n'ont pu invoquer leurs titres à l'indépendance, restitua leur monastère à l'ancien propriétaire. La chancellerie de Charles le Chauve, trompée de la même manière par les évèques du Pùy et de Clermoat, adjugera au premier le monastère de Saint-Chalfre (Sjl^HF, \ ni, 049), au second le monastère de Manlieu, puis l'erreur reconnue et sur production des privilèges d'immunité, révoquera les préceptes qui lui ont été extorqués par fraude (1 août 877, p. hou et 671). Vraisemblablement, les moines de Saint-Mihiel se sont, eux aussi, insurgés contre la manœuvre dont ils étaient victimes, sitôt qu'elle leur fût connue. Leur cartulaire ne garde naturellement aucune trace de la restitution faite par Lothaire de leur monastère à Saint-Denis, pas plus que de la donation par Pépin ; mais ils se sont sans doute pourvus au palais de Lothaire et ont pu obtenir une rétractation formelle, comme les moines de Saint-Chaffre : car tous les diplômes qui leur ont été délivrés par Lothaire ne se sont pas conservés (cf. Dipl. de Charles, 24 juin 877, 16, p. 85). Le refroidissement bientôt survenu entre Lothaire et Charles, favorisait leurs intérêts aux détriments de ceux de Saint-Denis. L'appel qu'ils font en 846 devant la juridiction de Charles le Chauve qu'ils prient de confirmer le diplôme de Louis, qui garantissait leur indépendance, est peut-être une précaution prise en France occidentale contre les prétentions de Saint-Denis qui n'a jamais pu entrer en possession.

1. Les biens enlevés aux églises de Trêves, Lyon, Vienne, Ferrières, Fulda (cf. n. suivantes) ne sont pas sis en Italie. Lothaire n'a pu sans doute en disposer qu'après la mort de son père. Vraisemblablement on l'a vu (p. 173, 11. 1), Lothaire s'est contenté, en 843, de reconnaître aux moines de Saint-Denis leur droit de propriété sur la Valteline ; il ne leur en a rendu la jouissance qu'en 848. Le fait qu'à côté des biens de Valteline sont mentionnés dans le diplôme du 21 oct. 848 des biens sis dans les régions rhénanes, peut donner à penser que quelques-uns de ceux là ont été aussi distraits par Lothaire et donnés en bénéfice, mais seulement après la mort de Louis. Otton II rendra aux moines de Saint-Denis divers biens sis dans les pagi de Moselle et d'Hesbaye, « quas hactenus sub nostro jure tenuimus » (15 oct. 980, DD regum Germ., 232, 11, 261). Peut-être ces biens sont-ils depuis le IXe siècle dérobés à Saint-Denis et incorporés au fisc.

2. Le 29 août 842, il restitue à l'église de Trêves le monastère de Metlach que détenait le comte Guy de Spolète (Beyer, UB mittelrh. Terni., I, 77). Comme la possession de ce monastère avait encore été confirmée par Louis le Pieux, on peut conclure qu'i' lui fut enlevé par Lothaire.

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