‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 214 sur 1164 · USAGE FAIT DES BIENS D'ÉGLISE · texte numérisé non relu

USAGE FAIT DES BIENS D'ÉGLISE

de prémunir ses suffragants contre les adversaires du roi qui Je desservent sans cesse auprès du clergé, en répétant que personne n'a comme lui opprimé les églises et spolié leurs biens h

Aucune accusation spéciale n'est dirigée, à notre connaissance, contre Louis le Germanique 2. Peut-être le patrimoine des jeunes églises transrhénanes, qui n'a pas encore recueilli l'apport de plusieurs générations de bienfaiteurs, n'allume-t-il pas au même degré les convoitises du souverain et de ses milites. Louis ne se faisait pas faute d'ailleurs de piller les biens des églises étrangères à ses États 3.

Aucun des fils de Louis le Pieux n'avait, au sujet des biens ecclésiastiques, la conscience parfaitement nette. En Octobre 844, à Yùtz, les évêques adjurent également les trois rois de ne plus dépouiller les églises par une spoliation violente ou dissimulée, attendu, disent-ils, que le temporel ecclésiastique est honteusement déchiré 4. Les prélats assemblés à Valence, en 855, sont visiblement en défiance vis-à-vis de tous les princes régnants : « Maintes gens affirment mensongèrement avoir obtenu de nos augustes maîtres des biens d'église. Il est prouvé que beaucoup mentent quand ils en appellent à une prétendue concession des souverains » 5. Tout soucieux qu'ils soient de ménager ces derniers, les évêques reconnaissent

titatem vestram... accusavit » (Migne, cxxiv, 879). L'évêque de Laon écrit à Hincmar de Reims : « Rex dixit quod misdictum illi fuerat et easdem res ab ecclesia Laudunensi distrahere nolebat « (col. 1030) ; c'est bien sur ]e rapport de l'évêque de Laon que le pape accuse le roi d'avoir dépecé le temporel de cette église. Charles fait allusion à la lettre précédemment citée d'Hadrien, dont le ton reste très mesuré. Une autre lettre pontificale perdue (JW 2939) renfermait des accusations plus précises, formulées en un langage acerbe contre lesquelles le roi proteste : « Scriptum est enim nobis ex vestro nomine nos perjurum, tyrannum ac perfidum et distrac torem rerum esse ecclesiasticarum » (ep. 8, col. 883).

1. De fide Karolo... servanda, 35 : «et qui improperant ecclesiasticis viris quod nemo sic ecclesias per diversa ingénia oppressent atque despoliaverit... » (Migne cxxv, 980).

s. Ce prince paraît prendre particulièrement en gré les intérêts des églises ou, par calcul politique, cherche à s'en faire considérer comme le protecteur. En Italie, sous Louis II, il fait demander aux évêques des sièges suburbicaires par l'évêque d'Augsbourg, Witgarius, « qualem pacem haberet sancta romana ecclesia » (plus haut p. 172, n. 4). Lorsqu'il envahit le royaume de Charles, c'est sous le prétexte de prendre la défense de l'Église. Aux assemblées tenues par les rois parents, il affecte une bienveillance particulière en faveur des églises (cf. plus loin, chap. X, § 4).

3. Lib. proclam ecclesiae Remensis adversus Hludow., 876, Cap., 11, 350.

4. 4 : « nec violenta ablatione nec inlicitorum preceptorum confirmatione res ab ecclesiis... auferre temptate » {Cap., 11, 115) ; Ami. Berlin., 844 : « foedissime rébus dilaceratum » (p. 31).

5. 8 : « Quod etsi praetenderet (le ravisseur des biens ecclésiastiques) hujusmodi sibi indulta et concessa ab augustissimis dominis nostris,... multi enim probantur in similibus mentiri » (Mansi, xv, 8).

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