DOMMAGE MORAL POUR LES ÉGLISES
siastique. Dans le parti adverse il se trouvait pourtant des prélats du Christ ; ceux là, au jugement de Paschase Rftdbert, travaillaient à empêcher que la paix fût rendue aux églises 1.
Wala aurait ainsi pressenti les maux dont son historien et l'épiscopat tout entier dénoncent le déchaînement. En Octobre 844, les évêques des trois royaumes réunis à Yùtz, en présence des fils de Louis le Pieux un instant réconciliés, leur tiennent ce langage: «La sainte Église du Christ, restaurée par grand labeur de vos prédécesseurs, a été déchirée, troublée et affligée par votre discorde a». A la vérité, si Lothaire avait pu restaurer l'autorité impériale, les églises eussent néanmoins souffert violence de la part d'un empereur moins scrupuleux que Louis. Mais l'affaiblissement et l'appauvrissement des couronnes, les compétitions des princes qui doivent rémunérer à très haut prix les fidélités chancelantes, l'indigence d'un souverain bienveillant pourtant à l'égard de ses églises, à plus forte raison la cupidité d'un roi pour qui les possessions d'une église étrangère paraissent une proie désignée, tous ces fruits funestes du démembrement de l'empire donnent un stimulant nouveau aux causes qui provoquèrent les sécularisations d'antan et la mainmise des premiers Carolingiens sur les églises et sur leurs biens.
A entendre les écrivains ecclésiastiques, les entreprises des rois sur le temporel entraînent d'abord pour l'Église un dommage d'ordre moral. En dévorant avec un insatiable appétit les biens d'église, les princes, dit Paschase Radbert, ont introduit une présomption et un désordre détestable. Car, dès lors, le clergé ne songe plus qu'à se prémunir contre de telles atteintes, au risque de se détourner de ses devoirs, et d'autre part les séculiers, entraînés par leurs convoitises, pillent témérairement ce qui appartient à Dieu en invoquant l'autorité des rois 3. Crainte d'encourir la disgrâce royale ou seulement d'être en moindre faveur et par là de donner prise à ceux qui convoitent leurs biens et assiègent sans cesse les rois de leurs sollicitations, les prélats se laissent absorber par les soins séculiers, la fréquentation du palais, le service royal.
1. 16 : « praesules Christi... Ventilabant enim... ne pax redderetur ecclesiis » (562-563).
2. 1 :« constat hanc sanctam ecclesiam... predecessorum vestrorura multo labore redintegratam..., vestra discordia esse discissam et perturbatam atque afflictam » {Cap., 11, 113).
3. Vita Walae, II, 2 : « quibus (les rois) nihil tam dulcia sunt quampraedia ecclesiarum... Hinc pessima praesumptio nasc.itur et confusio..., dum aut ministri Christi facultatibus rerum ne amittant inlecti, ad ea quae sibi non expediunt expelluntur, aut saeculares concupiscentiarum succensi aestibus, quae Dei sunt, quasi auctoritate regia defensi,... diripiunt » (SS, 11, 548-549).