‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 231 sur 1164 · DOMMAGE MATÉRIEL SUBI PAR LES ÉGLISES · texte numérisé non relu

DOMMAGE MATÉRIEL SUBI PAR LES ÉGLISES

L'obsession qui tourmente ceux qui ne sont pas encore dépouillés, n'est pas moins funeste à la discipline ecclésiastique que l'indigence de ceux qui l'ont été déjà. L'exemple des souverains convie les simples particuliers à attenter aussi aux droits des églises et les sécularisations ordonnées par les rois, en dépit des compensations qu'ils offrent aux églises, deviennent ainsi, au jugement de Paschase Radbert, la racine des brigandages privés qui, peu à peu, au cours du IXe siècle, se substituent aux entreprises royales et soulèvent, de la part du clergé et des moines, de nouvelles et immenses clameurs.

Le dommage matériel éprouvé en ce temps du fait des sécularisations royales, est d'ailleurs considérable, sans pourtant réduire les églises, semble-t-il, à l'extrême indigence d'où Pépin et Carloman avaient dû jadis les retirer. Le détournement des biens ecclésiastiques à l'usage des séculiers fait tarir, s'il faut en croire les plaintes du clergé, les ressources nécessaires aux dépenses ordinaires des églises. Par là, déclarent les évoques réunis à Ver en 844, beaucoup de serviteurs de Dieu souffrent pénurie de nourriture, de boisson et de vêtements, les pauvres ne reçoivent plus l'aumône accoutumée, les hôtes sont négligés, les captifs frustrés de la rançon qu'ils espéraient x. Des restitutions sont faites aux termes des diplômes, en raison de l'indigence dont souffrent les évêques 2.

Pour avoir perdu la cella de Saint-Josse, cédée en bénéfice au comte Odulfus, les moines de Ferrières, s'il faut en croire l'abbé Eudes, sont réduits à une extrême pénurie. Cette cella, en effet, leur avait été donnée par Louis le Pieux pour les mettre à l'abri du besoin 3 ; il savait bien que sans cet accroissement de ressources, les moines ne pouvaient vaquer en paix à leurs soins religieux 4. Ils ne sont pas assez riches pour subsister sans cet appoint ; c'était Saint-Josse qui fournissait la cire à l'église, les vêtements, le poisson, le fromage, les

1. 12 : c ecclesiae facultates quas reges et reliqui christiani Deo voverunt ad a'hnentum servorum Dei et pauperum, ad exceptionem hospitum, redemptionem captivorum atque templorum Dei instaurationem, nunc in nsu saecularium detinentur. Hinc multi servi Dei penuriam cibi et potus ac vestimentorum patiuntur, pauperes consuetam aeleiaosinam non accipiunt, negleguntur hospites, fraudantur captivi » (Cap., ii, 385).

2. Le 22 déc. 862, Charles de Provence fait une restitution à l'église de Viviers « propter inopiam rerum episcopalium » (HL, n, Pr., 162, col. 336).

3. Lupi ep., 71 : «ut et monachi absque inopia in monasterio Deo servirent» (F p., vi, 68).

4. 43 : « quod coraperisset monachicam religionem apud nos durare non posse, nisi facultatem fulcjrenmr augniento « (p. 50). .

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