REVENDICATION DES BIENS D'ÉGLISE
choisi par eux, les hommes qu'ils doivent au service de l'État 1.
Les prélats répugnent visiblement à acquitter en personne la charge, mais ne la rejettent pas et se tiennent pour satisfaits d'avoir obtenu une dispense temporaire. Ils veulent contribuer à la milice, comme ils l'ont déclaré à Yûtz, mais souhaitent s'acquitter, autant qu'il est possible, en envoyant àl'ost les milites de leur église. Une telle méthode répond exactement aux vues qui, de plus en plus, se font jour parmi les membres du clergé : offrir au roi volontiers le service des milites que les églises entretiennent pour leur compte et pour celui du monarque, s'opposer aux sécularisations destinées à entretenir les milites qui ne dépendent que du roi.
Quand il arrive au chapitre si délicat des abbayes et des biens d'église abandonnés aux laïques, le rédacteur de la requête épiscopale prie Dieu de disposer le roi, les grands et les autres fidèles à écouter le vœu des évêques, dans les mêmes pieux sentiments qui l'ont inspiré 2 : « Si la colère de Dieu nous menace tous, c'est, surtout parce qu'à présent les biens des églises voués par les rois et les autres chrétiens à l'alimentation des serviteurs de Dieu et des pauvres, à la réception des hôtes, au rachat des captifs, à l'entretien des temples, sont détournés à l'usage des séculiers 3 ». Pour cette raison, maints serviteurs de Dieu souffrent pénurie d'aliments et de vêtements, les pauvres sont frustrés de l'aumône accoutumée, l'hospitalité est négligée, les captifs ne sont plus rachetés.
Après avoir fait entendre cette plainte générale au sujet de la dilapidation du temporel ecclésiastique, les évêques précisent les modes divers par lesquels elle s'accomplit vis-à-vis des monastères. Il est des lieux vénérables qui, par un abus inouï jusqu'à nos jours, sont mis intégralement en la possession de laïques ; ou bien ils en réclament une part ou enfin ils se font attribuer les biens de l'établissement divisés en une multitude de portions, comme s'ils partageaient un héritage. Loup de Ferrières s'élève à la fois contre les laïques qui possèdent en toute propriété un monastère, qui tiennent en
i. 8 : « Quoniam quosdara episeoporuin ab expeditionis labore corporis défendit inbecillitas, aliis autem vestra indulgentia cunctis optabilem largitur quietem, precavendum est utrisque, ne per eorum absentiam res militaris dispendium patiatur. Itaque, si vestra consentit sublimitas, homines suos reipublicae profuturos cuilibet fidelium vestrorum, quem sibi utilem judicaverint, committant, cujus diligentia, ne se ab ofncio subtrahere valeant, observetur (p. 385).
2. 12 : « Venimus nunc ad ultimam partem admonitionis nostrae ; quam qua intentione fundimus, dederit Deus, ut vos ac proceres caeterique fidèles ea devotione suscipiatis » (p. 385).
3. : « Tune etiara maxime quod ece.lesiae facultates... nunc in usu saecularium detinentur » (loc. cit.).