‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 253 sur 1164 · RÉSERVE FAITE DES HONNEURS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

RÉSERVE FAITE DES HONNEURS ECCLÉSIASTIQUES

bénéfice une abbaye épiscopale ou royale ou la cella d'un monastère et contre ceux dont la propriété ou le bénéfice consiste en des tranches du temporel de l'abbaye divisée parfois en un nombre considérable de petites fractions l.

Les évêques rappellent les châtiments qui, sous l'Ancien Testament, frappaient les sacrilèges. Il se trouvera peut-être des gens qui s'en riront et pourtant de nos jours aussi, des spoliateurs d'églises ont eu une fin qui répondait à leurs forfaits2. Ici le rédacteur s'adresse non plus au roi, mais à l'aristocratie coupable : « Gardez-vous d'attirer sur vous tant de maux par un sacrilège odieux. Rendez à Dieu ce qui lui appartient. Que les séculiers se contentent des honneurs du siècle et laissent aux gens d'église les honneurs ecclésiastiques. Ne nous accusez pas d'insatiable cupidité, car vous savez bien vous-même que nous disons la vérité 3 ».

Puis, les évêques se tournent vers le monarque : « Et vous,

i. : « Itaque quaedam loca venerabilia, quod numquam antea auditum est, laici ex integro possidenl, quorundam partem sibi vindicant, quorundam predia multipliciter divisa in hereditatem sibi dari fecerunt » (p. 386). Les loca venerabilia, ce sont les monastères, comme le montre le texte du synode de Yiitz cité plus haut (p.2io,n. 2) et le canon 3 de ce même synode de Ver: «in locis sanctis, hoc est monasteriis » (p. 384). Il ne s'agit pas ici exclusivement des églises et monastères qui sont la propriété privée d'un ou de plusieurs laïques. La possessio dont il est ici question, peut être une simple jouissance bénéficiaire, comme le montre l'emploi fait plus loin de la même expression au sujet des honneurs laïques (Saeculares honores saeculares possideant). La pars des lieux vénérables que réclame parfois un laïque, c'est ou bien une cella qui dépend du monastère, ou bien un lot important de domaines, par opposition à la divisio qui, d'ordinaire, fractionne le patrimoine multiplicité! . Les termes « in hereditatem sibi dari fecerunt » ne désignent pas nécessairement un patrimoine héréditaire ; l'expression empruntée par Loup à la langue des Saintes Écritures (cf. Vulg., Ps. 82, 13), marque simplement sans doute que les laïques se font mettre en possession. Hincmar note en 876 que le roi « quibusdam abbatias, sicut erant intégras dédit, quibusdam de abbatia Martianas, quam diviserat, bénéficia donavit » (Ann. Berlin., 134). C'est un exemple de l'abus que signalent les évêques à Ver. Il est probablement aussi fait allusion ici au droit de propriété exercé par des laïques sur les monastères et aux partages qu'entraîne l'ouverture de leur succession. Un capit. de 853 parle de ceux qui donnent leurs monastères au roi « ne ab haeredibus eorum dividerentur » (miss. Suession ; 2, Cap., 11, 268). Un dipl. de Louis le Pieux du 7 août 819 montre que le monastère d'Hornbach appartient à ses fidèles Lambert et Hérard et signale la portio qu'avait possédée Guy, père de Lambert, ainsi que la part de Garnier, copropriétaire avec Guy du monastère (Hist. gén. de Metz, iv, 22). Munsterthal concédé en bénéfice à Lutfridus a été « non per beneficium sed per proprietatem in posteram ejus progeniem divisum « (Dipl. de Conrad, 9 mars 962, HF, ix, 698).

2. : « Rideat hoc aliquis, nîsi quod summo dolore dicimus, quidam oppressores ecclesiae dignum suis moribus exitum nostro etiam teinpore invenerunt » (p. 256). Loup de Ferrières songe peut-être à la défaite infligée à l'armée de Charles, le 14 juin précédent ; plusieurs abbés laïques, Ricbodon, Nithard y périrent (cf. F. Lot, P- "5).

3. : « Reddite Deo sua... Saeculares honores saeculares possideant, ecclesiasticos ecclesiastici sortiantur. Née nos insatiabilis cupiditatis arguatis, quia, qualescumque sumus, vera nos dicere nec ipsi nescitis » (loc. cit.).

Page 1