‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 286 sur 1164 · ORIGINE DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LÉGENDE

ayant vécu jusqu'à leur temps, leur ont rapporté ce qu'ils avaient vu et entendu. Son récit, ajoute-t-il, est tiré d'une relatio écrite, que les évêques ont en leurs mains ; en outre, certains d'entre eux l'ont recueilli jadis sur les lèvres de Louis le Pieux. S'il est douteux qu'ils se soient entretenus avec ces prétendus témoins et que Louis le Pieux ait lui-même répété cette fable, il se peut qu'Hincmar ait disposé du document qu'il affirme avoir sous les yeux. Mais s'il se sert d'une relation antérieure, celle-ci n'a pu être composée que peu de temps auparavant, peut-être par Hincmar lui-même ou par l'un de ses anciens collègues du monastère de Saint-Denis, où se trouvait le tombeau de Charles Martel et où sans doute la légende a pris naissance l.

A la date de 858, elle est en effet tout récemment éclose. Le soin que prend Hincmar d'énumérer ses sources et les témoignages qui lui méritent créance, les détails circonstanciés qu'il donne et qui seraient superflus si le destinataire de la lettre connaissait déjà l'histoire, marquent qu'elle entre seulement alors en circulation. Hincmar s'inspire dans la narration qu'il en fait, de textes canoniques récemment publiés 2 ; il se réfère au livre des capitul aires mais non pas tel qu'Anségise l'a composé, au temps de Louis le Pieux, de pièces officielles et authentiques ; l'édition qu'Hincmar a sous les yeux, c'est celle que Benoît le Diacre a récemment enrichie de plusieurs livres de textes apocryphes 3.

1. : « Hancetiamrelationemet in scriptura habemus » (p. 433). Les témoins qu'auraient vus et entendus les évêques, ce sont sans doute des religieux de Saint-Denis présents à l'ouverture du tombeau. Hincmar pouvait tenir cette histoire de quelque vieux religieux dont il était le collègue, avant de devenir archevêque de Reims en 845. Elle a pu être consignée dans un écrit par un moine de Saint-Denis, peut-être par Hincmar lui-même, soit au temps où il était encore simple religieux, soit après son élévation à l'épiscopat: mais en 858. cette relatio n'était pas connue encore en dehors du monastère de Saint- Denis ou du cercle des familiers d'Hincmar.

2. On a vu plus haut que la légende exploite une idée émise à Yiïtz. Hincmar reproduit aussitôt après un texte des Psaumes «Haereditate possideamus sanctuarium», dont Loup de Ferrières a fait usage dans les capitula de Ver. 11 invoque les sacri canones qui assimilent le ravisseur des biens d'église à Judas ; ce sont vraisemblablement 'es fausses décrétales.

3. Hincmar renvoie ici même aux collections de capitulaires compilées par Anségise et par le faussaire Benoît le Diacre. C'est dans l'œuvre d'Anségise qu'il a trouvé le capitulaire « de non dividendis rébus » ; car il l'attribue à Charlemagne. Il n'a pu connaître que par Benoît le capitulaire d'Estinnes qui, avant d'être inséré dans la collection des faux capitulaires, paraît avoir été oublié. La combinaison qu'il fait du capitulaire d'Estinnes avec le capitulaire de Pépin concernant les nones, dîmes et réparations, témoigne qu'il n'a ici d'autre source que le recueil récemment publié de Benoît le Diacre. Toutefois, nous ne savons si la relatio dont parle Hincmar, comprenait tous ces éléments ; peut-être racontait-elle seulement la vision d'Eucher et l'ouverture du tombeau. Écrivant au nom des évêques du synode de Quierzy, Hincmar a vraisemblablement ajouté la mention des capitulaires relatifs aux précaires et à laVwmo, en combinant les données^des recueils d'Anségise et de Benoît

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