ÉGLISES DE « FRANCIA », ÉGLISES DE GERMANIE
En 858, Hincmar rend témoignage à Louis, que dans toutes les assemblées confraternelles, à Yiitz en 844, à Meersen en 847, il a souvent adressé à ses frères des avertissements au sujet de l'abus qu'ils faisaient des monastères l. Lothaire a certainement disposé très largement du temporel ecclésiastique. Toutefois, l'année même où les grands du royaume de Charles réunis à Epernay rejettent les avis des évêque?, vers le mois d'Octobre 846, Lothaire promet précisément au clergé de ses États ce que Charles avait dû refuser au sien : « Souvent, avoue l'empereur, nous avons offensé Dieu en portant atteinte à l'honneur des saints lieux, mais nous voulons et décidons que tout ce qui, de notre temps, a été enlevé injustement et sans raison aux églises, leur soit rendu 2 ». Il a subsisté en effet nombre de diplômes de restitution accordés par Lothaire à des églises qu'il avait dépouillées 3.
Si, dans le royaume de Charles, les laïques font une opposition plus forte aux réformes réclamées avec plus d'insistance par le clergé, c'est peut-être parce que le jeune roi a plus besoin que ses aînés de ménager ses fidèles et de les retenir à son service en leur abandonnant des biens d'église. L'échec qu'a éprouvé le clergé des régions de la Seine et de la Loire, serait dû à la même cause qui lui avait fait concevoir l'espérance d'obtenir davantage d'un prince qui ne pouvait se soutenir qu'avec son appui. Mais si le conflit des grands laïques et du clergé est particulier à la France occidentale, c'est sans doute aussi parce que, dans ces pays de vieille civilisation, les églises plus nombreuses et plus riches ont souffert davantage de la mainmise des rois et de l'aristocratie sur le temporel ecclésiastique. C'est dans les provinces de
vero non praebeat inprovide affirmantibus non debere esse res dominicas, id est Domino dominantium traditas » (p. 177-8). Cette clause montre qu'en Germanie la propriété ecclésiastique se constitue, que les évêques ont un égal souci d'en ménager l'accroissement et d'en assurer la défense contre les ravisseurs.
1. Ep. syn. Carisiac, 8, Hincmar recommande les intérêts des monastères à ce roi quia envahi la Francia occidentale, sous prétexte de restaurer la Sainte Eglise, «qui saepe, sicut et nos testes sumus, fratres vestros de talibus monuistis et in omni adnuntiatione, quam communiter faciebatis, promptissime inde disputabatis, sicut et secus Teudonis villam, in loco qui Judicium dicitur, capitula quae habenws,cum vestris fratribus acceptastis et in chirographo apud Marsnam manu propria confirmastis » (Cap., II, 434). L'adnuntiatio de Louis à Meersen est bien plus favorable aux ég'ises que celles de Lothaire et de Charles, qui ne disent mot du temporel ecclésiastique.
2. Cap. ital. de expedit. contra Saracenos : « Quia in dehonoratione sanctorum locorum Deum fréquenter offendimus, volumus atque statuimus, ut quicquid ab ecc'esiis Christi injuste et inracionabiliter nostro tempore ablatum esse cognoscitur,... restituatur » (p. 66).