ASSEMBLÉE DE SOISSONS
Reims, de Sens, Tours, Bourges que fleurissent le plus grand nombre des anciennes églises, enrichies par des libéralités qui se sont continuées pendant plusieurs siècles. Dans ces régions où la mise en valeur des terres est plus avancée, où une très large part était faite depuis longtemps au clergé et aux moines, c'est aux dépens des églises que s'enracine au sol l'aristocratie militaire et terrienne à la fois. Là, plus qu'en Germanie, sol vierge où il y avait place pour la féodalité laïque comme pour l'Église, les comtes et les grands se nantissent d'abbayes, de cellae, d'églises, et de terres d'église. Partant, les plaintes du clergé doivent être ici plus vives. la résistance des laïques aux réformes plus obstinée et, à la vérité, invincible.
Conçus en termes très généraux, les engagements pris à Meersen, médiocrement respectés par Lothaire *, n'ont été tenus en aucune manière par Charles le Chauve. Vraisemblablement, les grands laïques qui forment son entourage, continuent de faire échec aux réclamations des évêques et de leur opposer les résolutions arrêtées à Epernay. Aussi l'épiscopat ne se hasarde plus désormais à réclamer au plaid général, en présence des laïques détenteurs d'abbayes et de biens d'église, le retour pur et simple à la discipline canonique. En formulant ses griefs., il n'apporte plus au monarque des articles tout prêts à être publiés et transformés en capitulaires royaux. Quand le clergé croit pouvoir faire entendre du roi quelque plainte, l'affaire est traitée en tête à tête avec lui, en dehors des laïques, mais quel effet pratique peuvent obtenir des décisions que n'agréent pas ses fidèles ?
Le 22 Avril 853, les évêques du royaume de Charles se réunissaient au monastère Saint-Médard de Soissons ; le roi siégeait au milieu d'eux sans suite et sans aucun appareil et s'entretenait avec eux des affaires ecclésiastiques « avec humilité et prudence » 2. Vraisemblablement, les prélats lui
1. Il semble bien d'ailleurs qu'en dépit des promesses faites par Lothaire en octobre 846, puis à Meersen, en février 847, les églises italiennes aient continué de souffrir des pertes du fait des concessions bénéficiaires consenties par le roi à leurs dépens. A une date qui, suivant M. Krause, serait comprise entre 845 et 850, une assemblée d'évêques tenue à Pavie se plaint près de Louis II : « Quidam autem episcopi et rectores monasteriorum res ecclesiarum suarum subtractas et aliis personis in beneûcium largitas esse queruntur » (10, p. 82). Ces plaintes faisaient peut-être aussi l'objet de la lettre écrite par les évêques italiens à Louis le Germanique( plus haut , p. 172, n. 4).
2. Conv. Suession., 1 : « ubi posthabitis saecularibus curis, ipse quoque rex adesse dignatus est... Cum itaque praesules diversarum ecclesiarum, pio rege multa humiliter et prudenter proponente, tractassent... Jam rex absque ulla ambitione synodum solus ingressus simpliciter cum episcopis residebat » (II, 363-264).