LES ÉVÊQUES ENTRETIENDRONT LEURS « MILITES
nettement l'idée, confusément entrevue jusqu'alors, d'une transaction qui satisfasse à la fois aux exigences de la discipline canonique et aux besoins de l'État. Le temporel des églises nourrira des milites ; mais ils ne tiendront pas du roi leur bénéfice ; ils seront exclusivement les hommes du recteur et rempliront auprès du souverain, pour la défense de l'État et de l'Église, les charges militaires dues par l'établissement religieux qui les sustente.
Aux textes et raisonnements qui établissent que le temporel des églises est intangible, Hincmar ajoute l'histoire toute neuve encore de la vision d'Eucher Le châtiment infligé au premier des princes francs qui ait divisé les biens d'église, les mesures de réparation et de préservation édictées par Pépin et Charlemagne, sont une leçon à l'adresse des rois de ce temps *.
L'épiscopat demande en outre que les charges séculières qui pèsent sur lui soient diminuées. Il prie le roi de ne pas exiger des évêques le service importunément et en temps non convenable, de leur permettre d'exercer leur ministère sacré2. Visiblement, dans la pensée d'Hincmar, en stipendiant des milites serviteurs de l'église et en les envoyant rejoindre l'armée, les chefs des églises s'acquittent suffisamment de la plus lourde charge, celle du service militaire. Il prêche au roi une bonne économie domestique, afin que les ressources de ses domaines suffisent à l'entretenir et qu'il ne soit pas obligé, à toute occasion, de visiter les domaines des évêques, abbés, abbesses ou comtes, d'en exiger des droits de gîte plus onéreux qu'il ne convient et de charger la pauvre familia des églises ou de ses fidèles de charrois et de corvées exagérées 3.
Sur l'article des monastères, la lettre épiscopale appelle le redressement de l'abus capital reproché à Charles et dont Hincmar l'excuse autant qu'il peut. Ce prince, il faut le reconnaître, a cédé aux personnages dont Louis connaît l'indignité, des monastères de chanoines, de moines, de religieuses, même des monastères de premier rang où la religion fleurissait et qui, autrefois, avaient toujours été gouvernés par un chef religieux. Puisque Charles lui-même a cherché à réparer le mal, il convient que Louis, venu pour restaurer
i. Cf. plus haut, p. 247-249 et p. 5.
2. 7 : « Eosque (sacerdotes) tempore incongruo et inoportuno nolite inquietare sed liceat eis ministerium sacrum exercere » (p. 432).
3. 14 : « quatinus non sit vobis necesse per quascumque occasiones quorumeumque circuire loca episcoporum, abbatum, abbatissarum vel comitum et majores, quain ratio postulat, piratas exquirere et pauperes ecclesiasticos et fidelium vestrorum mansuarios in carricaturis et paravedis contra debitum exigendis gravare » (p. 438).