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HINCMAR RESTREINT LE DROIT ROYAL

la Sainte Église, ne retombe pas dans cette faute. Comme son frère n'a pas fait tout le nécessaire, il lui appartient d'achever l'ouvrage, conformément aux intentions qu'il a clairement marquées et aux reproches qu'il adressait aux autres rois à Yiïtz et à Meersen 1.

Hincmar s'applique, en terminant, à justifier l'attitude prise par les évêques vis-à-vis de l'envahisseur : « Vous ne voudriez pas, écrit-il, recevoir dans votre camp des évêques qui se seraient déshonorés au point d'être privés de leur sacerdoce. Il en serait ainsi si nous venions vous remettre notre personne et notre église 2 ». Églises et évêques, prononce-t-il, sont au dessus des atteintes des souverains et des vicissitudes des événements politiques : « Les églises qui nous sont confiées par Dieu, ne sont pas de tels bénéfices et une propriété du roi telle qu'il puisse, à son caprice, les donner ou les enlever à son gré ». Hincmar a ici en vue le temporel de l'évêché non moins que la charge spirituelle, car il ajoute : « Tout ce qui appartient à l'Église est en effet consacré à Dieu. Celui qui fraude ou enlève quelque chose à une église, commet un sacrilège ». La personne de l'évêque est indépendante au même degré que son église : « Nous, évêques, consacrés au Seigneur, nous ne sommes pas des hommes de telle sorte qu'à la manière des séculiers nous devions nous recommander à quelqu'un et nous placer dans son vasselage 3 ». Sans doute Hincmar et ses collègues se dérobent par là à l'invitation que leur adresse le roi germanique d'adhérer à sa cause et d'abandonner leur maître en fuite ; mais la lettre, suivant les intentions du rédacteur, n'a pas été écrite seulement pour Louis et c'est contre la mainmise du roi sur l'évêché, la charge, les biens, la personne même des évêques que s'élève cette protestation et ce vigoureux énoncé de principes.

Mais, suivant les prévisions d'Hincmar, l'aristocratie laïque qui a appelé Louis, opposée comme elle l'est aux réformes

i. 8, p. 434. Le roi devra en outre faire en sorte que les redores à qui il confie les monastères, assurent aux habitants les « stipendia in victu et vestitu » (9, p.«434). Le roi est prié aussi de faire en sorte que les hospitalia peregrinorum servent à leur destination (10, p. 434).

2. 15 : « nos rum tali dedecore ad adjutorium... recipere, ut sine sacerdotio simus, quo privati erimus, si contra Deum et rationis auctoritatem nos ecclesiasque nostras vobis studuerimus committere » (p. 439).

3.: « Ecclesiae siquidem nobis a Deo commissae non talia sunt bénéficia et hujusmodi régis proprietas, ut pro libitu suo inconsulte illas possit dare vel tollere, quoniam omnia, quae ecclesiae sunt, Deo consecrata sunt. Unde qui ecclesiae aliquid fraudatur aut tollit, sacrilegium... facere noscitur. Et nos episcopi Domino consecrati nonsumushujusmodi homines, ut, sicut hominessaeculares, in vassallatico debeamus nos cuilibet commendare — sed ad defensionem et ad adjutorium gubernationis in ecclesiastico regimine nos ecclesiasque nostras committere » (loc. cit).

266 l'aristocratie laïque méprise le clergé

et dont la cupidité est inassouvie par une large spoliation des biens d'église, ne manquera pas de détourner le roi d'écouter ces avertissements, suivant une tactique qui naguère, à Éper nay comme à Ver, lui a réussi auprès de Charles. L'archevêque prie Louis de ne pas écouter ceux qui lui disent, s'ils rie l'ont fait déjà : « N'ayez point souci de ce que vous rapportent ces fellones et ienobiles. Agissez suivant nos conseils ; car c'est avec nos parents et non pas avec les ancêtres de ceux-là que vos pères ont tenu le royaume 1 ». Dédaigneux vis-à-vis d'un clergé qui ne se recrute pas exclusivement parmi les grandes familles, de ces évêques qui, comme Hincmar de Reims. Eudes de Beauvais, sortent du cloître, l'aristocratie laïque s'opposera certainement aux vœux de l'épiscopat, puisqu'ils tendent à sauver de ses mains la proie qu'elle retient ou qu'elle convoite.

La démarche faite par le synode de Quierzy, en 85g, est, à notre connaissance, la dernière qui ait été tenté par l'épiscopat auprès d'un roi Carolingien pour obtenir réforme des abus. Ce n'est pas que le clergé soit résigné dès lors à essuyer patiemment la calamité tant de fois dénoncée des abbés laïques Les sentiments qui animent vis-à-vis d'eux les évêques réformistes, sont marqués suffisamment par Prudence de Troyes et par Hincmar de Reims. Celui-ci s'exprime sévèrement à l'égard soit des laïques qui reçoivent ou usurpent une abbaye, soit du roi qui, retenant pour lui-même Yabbatia des monastères, la cède ou la divise entre ses fidèles 2. Les évêques, assemblés en 859 à Savonnières, invitent Charles le Chauve et l'archevêque de Bourges, Raoul, à respecter le privilège du monastère Saint-Benoît de Fleury dont Raoul tient irrégulièrement l'abbaye 3. En 863, Advence, évêque de Metz, restaurant la discipline dans le monastère épiscopal de Gorze que Lothaire avait livré à un comte, déplore les maux qui sont infligés à son église, quand les monastères deviennent le domicile des séculiers et sont condamnés à subir les ordres des laïques 4. Mais si on gémit universellement du mépris où sont tombées les

1. : « non audiatis illos qui dixerint, si forte vobis dixerint : Non sit tihi curae, rex, quae tibi referunt illi fellones atque ienobiles : hoc fac, quod tibi dieimus, quoniam cum nostris et non cum istorum parentibus tenuerunt parentes tui regnuin » (p. 440).

2. Ann. Bertin,, 866, p. 84 ; 867, p. 86 ; 869, p. 106 ; 876, p. 134 ; Cf. plus haut, p. 247, n. 3.

3. 11 : « qui praefatam abbatiam inregulariter retinebat » {Cap. II, 449).

4. : « Patet cunctis quantas ecclesia nostra scissuras pertulerit, cum monasteria secularium fuerint domicilia virorum... ; cum jam laicalibus deservire imperiis predictum locum Hlotharius rex censuit » (d'Herbomez, Cart. de Gorze, 60, p. 107-8).

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