‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 319 sur 1164 · LE ROI RECOMMANDE SES HOMMES AUX PRÉLATS · texte numérisé non relu

LE ROI RECOMMANDE SES HOMMES AUX PRÉLATS

qu'au temps où Charles était contraint de battre en retraite devant des envahisseurs, ce roi avait placé sous la recommandation du prélat plus d'hommes que l'évêché de Laon n'en pouvait entretenir, lui promettant de lui donner par la suite de quoi les faire subsister1. Ces milites royaux sont par conséquent devenus, par la volonté expresse du roi, des milites de l'église de Laon. Pour leur procurer un entretien convenable, le roi a fait d'eux des hommes de l'évêque. Telle était aussi la condition des hommes stipendiés par l'évêque d'Auxerre, Wala; il les avait acceptés des mains du roi ou recrutés lui-même pour son service ; mais après l'avoir accompli, de retour dans sa cité, il les renvoie l'un après l'autre, afin qu'ils ne soient plus à charge à son église2, et on ne voit pas que le souverain s'y soit opposé.

Ainsi les rois ne répugnent pas à admettre que leurs milites, pourvus par leur ordre d'un bénéfice par le chef d'une église, deviennent les hommes de cette église et de ce prélat ; mais cette concession faite, ils maintiennent et élargissent leurs droits et prétentions.

Puisque les prélats cèdent des biens de leur église à des milites pour assister le souverain, celui-ci doit disposer de toute la militia des églises ; elle dépend du roi autant que des prélats ; l'effectif de cette milice ne saurait être diminué sans lui faire tort et par conséquent sans son aveu. Par suite, le roi n'admettra pas que les milites d'une église soient dépossédés de leur bénéfice ; il accueillera leurs plaintes et obligera le prélat à restaurer les forces de la militia regni en restaurant le bénéfice. Charles le Chauve est, à diverses reprises, en difficultés avec des évêques au sujet d'un bénéfice retiré par eux à leurs hommes. Il a pris en mains la cause d'un homme de l'évêque de Soissons, Rothade, au sujet du bénéfice de ce vassal 3. Nous verrons les bénéficiers de l'église de Laon trouver appui auprès du roi, après avoir été dépouillés par Hincmar.

tenu Juvincourt et Aguilcourt. Son bénéfice n'a certainement pas été restitué, puisqu'après lui il a passé à plusieurs autres. La restitution accordée le Ier oct. 845 a donc consisté, au moins pour certains biens, à reconnaître les droits de l'église propriétaire et à faire passer les hommes qui détenaient ces biens, de la recommandation du roi en celle de l'évêque.

1. Hincmari Laud. ep. 8 : « tempore illo quo domnus rex a regno hoc recessit pro sua necessitate, mini commendavit homines plures acceptare quam loci mei quantitas possit sustinere, spondens tune se mihi daturum unde eos in reliquum possem deportare » (Migne, CXXIV, 1029).

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