‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 328 sur 1164 · HOMMES DE L'ÉGLISE SUBSTITUÉS A CEUX DU ROI · texte numérisé non relu

HOMMES DE L'ÉGLISE SUBSTITUÉS A CEUX DU ROI

sollicité près de l'empereur Charles le Chauve concession des biens possédés dans les Vosges par l'église de Reims et les tenir en bénéfice du consentement d'Hincmar. L'allégation était mensongère, mais elle ne paraissait pas invraisemblable et rencontrait crédit. Le comte de Vienne, Gérard, a prévenu aussi Hincmar que plusieurs pillards des biens provençaux affirmaient occuper ces domaines par la largesse du roi Charles et d'Hincmar lui-même 1.

Les grands qui, dès la deuxième moitié du I Xe siècle, cèdent comme le roi des biens d'église en bénéfice, souhaitent aussi l'acquiescement du prélat. De même que Charles le Chauve se faisait donner par l'évêque de Laon un bien en bénéfice pour le céder lui-même à l'un de ses fidèles, ainsi Bernard, comte de Toulouse, priait Hincmar de Reims de lui abandonner en précaire des propriétés de l'église de Reims sises en Aquitaine, qu'il distribuait en bénéfice à ses hommes 2.

Hincmar est très loin de consentir comme sou neveu à de telles complaisances. Tous les rois qui sont sons le ciel, n'obtiendraient pas de lui qu'il cédât en bénéfice les biens sis dans les Vosges, en raison de l'interdiction faite par saint Rem' dans son testament. Jamais pour le même motif il n'oserait céder à Bernard les biens aquitaniques. De même, les moines de Saint-Denis en appellent au testament de Fulrad pour résister aux injonctions royales 3.

On voit, en fait, des hommes de l'église et du prélat prendre la place des hommes du roi. Frothaire avait essayé, sans y réussir sans doute, de traiter en vassal de son église l'héritier d'un bénéficier du roi et de réduire à son gré le lot de domaines ecclésiastiques qui constituait le bénéfice 4 Aldric du Mans est plus heureux, semble-t-il. Louis le Pieux lui a rendu, en Novembre 839, un bien que détenait son bénéficier Acbert, du gré de celui-ci. En Janvier 840, l'évêque cédait- de nouveau le

1. Lettre au comte Gérard : « et plures earumdem devastatores dicerent quod per concessionem régis Karoli et. hujus domni Hincmari easdem res occuparent » (P- 540).

2. Hincmar a écrit à Bernard « pro rébus Remensis ecclesiœ in Aquitania conjacentibus, quas ille in pra;stariam sibi concedi petebat, quod idem praesul se facturum negat, quia non audeat, propter testamentum sancti Remigii, quod id omnino fieri prohibuerit » (p. 543). 11 a écrit d'autre part à un comte pour le prier d'agir auprès de Bernard : « ne res easdem suis hominibus in beneficium donet, ut eum fecisse audierat » (loc. cit.).

3. Cf. textes cités, n. précéd. et p. précéd., n. 2 et 3. La clause introduite par Hincmar lui-même, sans doute dans le faux testament de saint Rémi, comme celle du testament du Fulrad, interdit toute concession bénéficiaire ; mais évidemment on n'utilise cette clause que contre les usurpateurs et les quémandeurs indiscrets, en particulier contre ceux qui s'autorisent du verbum régis.

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