‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 329 sur 1164 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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LE « VERBUM REGIS f DISPARAÎT 287

domaine au même personnage ; mais la lettre de précaire ne faisait plus mention du verbum régis. Aldric a librement remis le bien àAcbert qui, sans doute, tient son bénéfice non plus du roi mais de l'évêque et qui est devenu exclusivement l'homme de l'église du Mans '. La villa de Follembray, propriété de l'église de Reims, était tenue héréditairement depuis le temps de l'archevêque Tilpin et de Charlemagne, par les membres d'une grande famille. Évidemment ils l'occupaient en vertu d'une libéralité royale. Après la mort d'Odelharius, Hincmar attribue pour la première fois le bénéfice à un personnage étranger à cette lignée. Osvérus tient ce domaine, semble-t-il, exclusivement de la largesse du prélat qui a librement choisi le successeur du dernier des bénéficiers royaux. Le bénéfice rendu vacant par la mort d'un homme du roi est remis par l'évêque aux mains d'un homme à lui 2.

L'attitude prise par le clergé vis-à-vis du bénéfice constitué en terres d'église par le pouvoir souverain, contribua sansdoute pour une large part à déraciner cette pratique affermie par un long usage, à en réduire de plus en plus l'exercice, à lui faire perdre le caractère qu'elle avait pris d'une institution régulière. L'affaiblissement progressif du pouvoir central, la substitution du grand seigneur au roi dans l'exercice des droits réputés régaliens, l'anarchie sociale et la ruine de l'édifice desCapitulaires, achèvent, aux Xe et XIe siècles, de libérer le clergé et les moines vis-à-vis d'une législation usurpatrice qu'ils combattaient depuis longtemps.

C'est en opposant les milites de l'église librement possessionnés par elle aux hommes royaux nantis par force à ses dépens, que le clergé a résisté avec le plus de succès aux prétentions qu'émet la puissance séculière de disposer de ses biens. Il en résulte une perte psur le pouvoir souverain et un développe-

1. La precaria souscrite par Acbert est datée de Poitiers le 23 janv. de la 27eannée de Louis le Pieux ; mais la 27e et dernière année du règne ne commence que le 28 janvier 840. Il s'agit de la 26e année, du 23 janvier 840. Le bien dont il est disposé, a été restitué le 16 nov. 839, par diplôme de Louis le Pieux (Gesta, 192), daté aussi de Poitiers. L'empereur y séjourne de novembre 839 à février 840. L'acte de précaire signé par plusieurs comités palatii, comtes, vassi dominici, a été passé évidemment en présence de l'empereur, Aldric résidant alors au palais. Il est d'autant plus significatif que la clause de la jussio de l'empereur ait disparu. Le bien dont Rovo obtient la jouissance, le 23 avril 813, «per jussionem domni nostri Hludowici» ( Gesta, 174) ne fut remis à la libre disposition d' Aldric par un diplôme de restitution qu'à la date du 23 avril 838. Au contraire, la cession en précaire qui met Acbert en possession légitime d'un bien de l'église du Mans, le 23 janvier 840, est postérieure à la restitution faite à Aldric, le 16 novembre 839, par Louis le Pieux, d'accord avec ce même Acbert, qui tenait jusqu'alors ce bien en bénéfice du roi. S'il n'est plus fait mention de l'ordre du roi, c'est sans doute parce que l'évêque dispose librement, au moins en apparence, du bien dont Acbert et le roi se sont dessaisis.

2. Lettre d'Hincmar de Reims à Hincmar de Laon, Migne, CXXVI, 538.

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