MONASTÈRE FONDÉ PAR UN ROI
la condition et les privilèges du monastère royal1. Il en est vraisemblablement de même des monastères fondés dans un désert, sur une terre qui n'ayant pas de propriétaire connu, appartient nécessairement au roi2.
Les effets qu'entraîne la fondation nouvelle d'un monastère par le roi sont attribués aussi aux anciennes créations royales. Les Carolingiens tiennent que tout monastère fondé jadis par les Mérovingiens est également propriété de la couronne. Saint-Sulpice de Bourges a été construit par Charles le Chauve et par ses prédécesseurs, les rois des Francs ; aussi le monastère est soumis à son regimen 3. C'est pourquoi sans doute Saint- Denis, Corbie, Stavelot-Malmédy ont, à l'époque carolingienne, la condition de monastère royal bien, que ce terme et la notion qu'il exprime ne remontent pas au temps ou les rois de la première race créaient et dotaient ces établissements4.
Pour établir qu'un monastère est royal, il suffit par con-
i. Fulda que possèdent héréditairement les rois (plus haut, p. n, n. 3) a été construit par Boniface sur un terrain qu'il a acquis d'hommes religieux et surtout du prince des Francs, Carloman (86, Ep., III, 368) ; il ne semble pas que le fondateur ait songé à en faire tradition au prince. Charlemagne a concédé le lieu de Donzère, « qui erat de proprietate soli ejus » à l'abbé Norfidius et à ses successeurs pour y construire un monastère (Dipl. de Louis le Pieux, 31 mai 814, HF, VI, 458). On ne voit pas que l'abbé ait fait expressément remise du monastère aux mains du roi, ou l'ait placé sous sa défense. Pourtant le monastère appartient bien au fisc ; quand il fut cédé, en 849, à l'église de Viviers, il se trouvait attaché en qualité de bien fiscal au comitatus (Dipl. de Lothaire I, 18 oct. 849, HF, VIII, 387). Louis le Pieux a ordonné à l'abbé de Corbie, Adalhard, de construire en Saxe le monastère de Corvey « in villa regia » (27 juill. 823, Migne, CIV, 1128). Le nouvel établissement n'appartient pas à l'abbaye de Corbie ; c'est un monastère royal. L'empereur attribue à Corvey les biens des moines de Corbie sis en Saxe, avec le consentement de l'abbé et des religieux.
3. Le fondateur de Cruas a édifié le monastère « in loco... qui erat ex jure fisci nostri, desertum inveniens » (Dipl. cité p. 16, n. 6). Le lieu était sans doute tenu pour bien fiscal, parce qu'il était désert et sans maître. Charlemagne cède et confirme à Benoit d'Aniane le monastère de Celleneuve que cet abbé avait édifié dans des « loca aliqua herma infra fiscum nostrum nuncupante Juviniacum » (juin 799, DD Karol, 188, I, 252). Le monastère de la Grasse a été construit par l'abbé Nimfridius « infra aeremum » ; à sa prière, Charlemagne lui cède et lui confirme, à lui et à ses moines « supradictum locum » (189, p. 253). L'abbé Castellanus a élevé le monastère d'Arles « in aedificia antiqua » et prie Louis le Pieux de recevoir sous son mainbour « monasterium et cellulas quas ipsi ab eremo construxerunt » (17 sept. 820, HL, II, Pr., 55, col. 132). Le monastère Bariolas, fondé dans un désert, avec l'agrément du comte Odilo, est pris semblablement sous la défense impériale ( 1 1 sept. 822, Migne, CIV, 1024). Le monastère de Conques a été créé dans un lieu, où après l'invasion sarrasine qui fit de tout le pays un désert, quelques réfugiés avaient construit un petit oratoire. Louis le Pieux a doté le monastère et l'a pris sous sa défense (8 avril 819, HL, II, Pr., 52, col. 126-7).
3. 855 : « quod dudum nos et antecessores nostri reges Francorum construxeramus, eumdemque locum nostro regimini addiximus » (HF, VIII, 542).
4. La propr. ecclés. ép. mérov., 116-7 et 136. On ne sait pour quelle raison, Saint- MarceldeChâlon, fondé parle roi Gontran(ibid) est devenu au contraire au IXesiècle un monastère éaiscopal. Peut-être Pépin ou Charlemagne en a-t-il fait cession aux évoques de Châlon.