PRÉCAUTION CONTRE LES HÉRITIERS
temporels de celle-ci, il s'attache à fortifier ses droits sur les monastères fondés par lui ou par ses prédécesseurs. S'il se préoccupe d'abord des intérêts de la communauté dont il est le père, il remettra le monastère aux mains du roi. On racontait que l'évêque de Nantes, Pasqaarius, avait demandé à l'abbé de Fontenelle une colonie de moines pour peupler le monastère qu'il fondait à Indre. L'abbé aurait objecté que l'évêque ne pouvait répondre du sort fait aux religieux sous ses successeurs et qu'il fallait remettre le nouveau monastère aux mains du roi. L'évêque se serait rendu au palais de Childebert III et pour assurer aux religieux d'Indre la protection royale, aurait cédé au monarque la propriété de leur maison *. C'est ainsi qu'à l'époque carolingienne on expliquait comment ce monastère fondé par un évêque était devenu monastère royal.
Très souvent le fondateur d'un monastère le cède au roi par précaution vis-à-vis de ses héritiers moins bien disposés peut-être que lui vis-à-vis d'une colonie de religieux qui grève la succession. Les droits dont héritera sa famille sont si bien établis, que le fondateur ne croit pouvoir les abolir qu'en se substituant un autre propriétaire, étranger lui aussi à la communauté et capable plus qu'aucun autre de la protéger. Au souverain il fait plus de crédit qu'à l'évêque du diocèse, à l'abbé de quelque autre monastère voisin ou à sa propre descendance. Des monastères édifiés dans leur propriété par des hommes qui craignent Dieu ont été donnés au roi, rappellent les évêques réunis, à Meaux en 845, afin que ces maisons restent libres, que la parenté du fondateur perde ses droits à l'héritage et que la religion y soit observée2. Les
Wirtcmb. U B, 71, I, 79). L'évêque d'Urgel, Possédonius, a construit un monastère sur une terre que lui avait donnée Louis alors roi d'Aquitaine ; or à la prière de l'évêque, l'empereur accepte d'en devenir propriétaire (21 juin 823, Migne, CIV, 1125). Raoul, archevêque de Bourges, fondateur du monastère de Beaulicu le place sous la défense royale (Deloche, Cart. de Beaulicu, 5, p. 16). Quand le propriétaire d'un monastère se propose d'en faire don à une église épiscopale, il juge parfois utile de le faire passer par les mains du roi. Ilbert, fondateur du monastère de Waulsort l'a soumis à l'impériale domination; l'empereur Otton le cède alors à 1' de Metz (n déc. 969, DD regum Germ., 381, I, 522). Le monastère a été donné au roi afin qu'il le donne ; en réalité le souverain confirme ainsi une donation faite à l'évêché de Metz. Sigebert de Gembloux rapporte simplement qu'Ilbert a donné le monastère à l'église de Metz et a fait confirmer sa donation par Otton I 1 1 rita Deoderici, 6, SS, IV, 467).
1. Vita s. Hermelandi, 10, 12, 17, Mabillon, A. S., III, 1, 369-372.
2 Conc. Meld., 41 : « Providendum est regiae majestati u1 monasteria quae ab hominibus Deum timentibus in sua proprietate constructa praedecessores i l lins causa defensionis et mundeburdi susceperunt, ut libéra libertate, remota spe hereditaria de illorum propinquitate ibidem religio observaretur et nunc in alodem sunt data, quapropter omnis exinde rejigio fimditus est eversa » (Cap., II, 408).