DONATION AU ROI PAR LE FONDATEUR
missi de Charles le Chauve devront enquêter au sujet des établissements qui ont été donnés aux prédécesseurs du roi actuel par des hommes pieux, crainte que leur monastère ne souffre division et partage de la part de leurs héritiers1.
Pour épargner aux moines toute revendication de la part de sa famille, le fondateur lui fait consentir la donation dont le roi bénéficie. Quand l'évêque abbé Hariolf, après avoir bâti le monastère d'Ellwangen sur sa propriété le livra au roi Charlemagne, aucun de ses héritiers ou parents n'y contredit, mais bien plutôt tous donnèrent leur assentiment2.
La sauvegarde royale procure, pense-t-on, sécurité bien plus grande que le choix fait par le fondateur, hors de sa parenté, d'un héritier de toute confiance. L'archevêque Chrodegang ayant construit le monastère de Lorsch, lui avait donné pour abbé Gundélandus et avait institué celui-ci pour héritier ; mais voyant le danger couru par les moines, cet abbé a préféré remettre l'établissement aux mains de Charlemagne qui l'appelle dès lors « notre monastère 3 ».
Un abbé fondateur de son monastère se dessaisira semblablement de ses droits en faveur du roi pour reprendre de la main du monarque le gouvernement de la communauté, au même titre qu'un simple abbé à qui le roi aurait confié un ancien monastère royal. Saint-Pierre de Camprodon a été édifié par l'abbé Domnolus de ses propres mains. Il prie Charles le Chauve de lui concéder le dit lieu et de prendre sous sa défense more regio 4 abbé, moines et monastère. Le
i. Cap. miss. Suession., 853, 2 : « Ut missi nostri diligenter investigent... de monasteriis quae Deum timentes in suis proprietatibus aedificaverunt et, ne ab haeredibus eorum dividerentur, parentibus et praedecessoribus nostris sub immunitatis defensione tradiderunt et postea in alodem sunt data » (p. 268).
2. Dipl. de Louis le Pieux, 8 avril 814 : « nemine contradicente ex parte heredum adnniumque suorum, sed magis adsensum praebentes, illi tradere voluisset » (Wirtemb. U B, 71, I, 79).
3. : « Supra quod etiam Gundelandum monasterii abbatem atque heredem in eodem sancto loco post se visus est reliquisse. Sed postea, dum prefatus Gundélandus abbas cerneret ipsius sancti loci imminere periculum...,ipsummonasterium in manu nostra tradidit, etiam et omnem congregationem suam in mundeburdem vel defensionem nostram plenius commendavit » (DD Karol., 72, I, 105). Cf. plus haut, p. 6, n. 6.
4. 11 mai 844 : « Domnulus abba ex monasterio Sancti Pétri, quod ipse ... una per licentiam Ramponi marchionis propriis manibus construxit, ...deprecatus est nos ut praedictum locum ei concederemus atque more regio ipsum sibique commissos supradictumque monasterium... sub defensionis nostrae tuitione immunitatisque munimine recipere dignaremur » {HL, II, Pr., 107, col. 224). Il n'est pas dit que le monastère ait été édifié par Domnolus sur une terre qui lui appartenait. Le consentement donné par le marquis Rampon indique peut-être qu'il était propriétaire du sol. Quoi qu'il en soit, le roi n'était pas originairement propriétaire. Domnulus et Rampon se sont évidemment démis en sa faveur de tous leurs droits. Le premier qui a renoncé en faveur du roi aux prétentions qu'il pouvait faire valoir