SPOLIATIONS COUVERTES PAR LE PRINCE
mis en possession. Le bénéfice n'a pu leur être concédé que par Charles Martel et pour le même motif qui obligeait ses fils à les leur laisser, en raison des nécessités militaires.
C'est donc pour les distribuer dans la plupart des cas à ses fidèles, que Charles Martel met la main sur les biens des églises. Les attribuer à ses fidèles, c'était les convertir à ses propres usages, comme on l'en accusait, peu de temps après sa mort dans les pays anglo-saxons. Charles, dira plus tard Hincmar, est le premier des princes francs qui ait soustrait leurs propriétés aux églises et divisé les biens ecclésiastiques. Vers le même temps Adrevald représente Charles Martel frustrant les églises de leurs biens, réunissant ces propriétés à celles de son fisc et les distribuant à ses fidèles 1. Suivant le récit d'un moine de Saint-Pierre-au-mont-Blandin, qui écrit dans la seconde moitié du Xe siècle. Charles, après avoir chassé l'abbé du monastère, aurait divisé entre ses vassaux les villae qui appartenaient aux moines 2. Ces accusations répondent exactement à l'état où Carloman et Pépin trouvèrent le temporel ecclésiastique.
Dans bien des cas sans doute, Charles Martel n'a fait que tolérer les violences commises par ses fidèles et c'est pourquoi, peut-être, les rédacteurs des diplômes de restitution étaient en droit d'accuser les méchants d'avoir dérobé les biens que tiennent en bénéfice des serviteurs du prince. Quand des pillards qui par ailleurs le servaient bien, s'étaient nantis de biens d'église, le maire du palais fermait d'ordinaire les yeux. A l'évêque de Verdun, Peppon, qui l'avait aidé contre Raginfride, Charles Martel fit don d'une villa en faveur de son église, mais il retint, ajoute l'historiographe, deux domaines de l'évêché, attendu que ses compagnons d'armes les avaient envahis 3 Parfois, on l'a vu 4, Charles oblige les ravisseurs à restituer. Plus souvent il les laisse en possession, à la condition toutefois qu'ils reconnaissent tenir ces biens de sa largesse ; il autorisait et couvrait par là leurs spoliations.
Les biens d'église distribués aux fidèles de Charles Martel ou soustraits par eux sont donc sécularisés sous deux formes. Les grands reçoivent de la largesse du prince ou saisissent avec son assentiment évêchés ou abbayes et font ainsi main