Cf. plus haut, p
ÉGLISES SPOLIÉES SOUS CHARLES MARTEL 3i
basse sur l'ensemble des biens d'une église. Ou bien la spoliation s'opère en détail. Le maire du palais divise entre les siens, ses fidèles se partagent avec sa permission, le prélat distribue à ses propres fidèles ou aux hommes du prince et sur son ordre les biens de l'évêché, de l'abbaye. A cet égard, l'église qui est encore gouvernée par un évêque légitime ou un abbé régulier, n'est pas plus épargnée que l'évêché détenu par un laïque, le monastère régi par un séculier. La disette de documents ne permet pas de dresser la liste des églises dont les biens furent ainsi partagés. On a vu que le souvenir des sécularisations souffertes au temps de Charles Martel s'était conservé au monastère de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés, de Saint- Wandrille, Saint -Pierre -au- mont -rBlandin, Montiérender, Saint-Victor de Marseille. Les églises épiscopales de Reims, Lyon, Vienne, Verdun, Langres ont certainement subi alors des pertes très sensibles. Charlemagne a rendu à l'église de Nevers des biens dont elle avait été autrefois dépouillée, en un temps de révolte ; la restitution est faite par lui aux dépens de ses biens propres 1. Il s'agit vraisemblablement de biens incorporés au fisc au temps de Charles Martel. Peut-être en est-il de même des biens restitués par Charlemagne et Louis le Pieux à l'église d'Orléans qui était restée jusqu'alors dénuée de tout 2. L'église d'Auxerre recouvrera sous Charlemagne des biens cédés antérieurement en bénéfice 3. Très souvent au cours du IXe et du Xe siècle, mention est faite de spoliations perpétrées autrefois, dans des temps anciens, aux dépens de nombreuses églises ou de monastères. Ces expressions vagues peuvent se rapporter aux sécularisations contemporaines de Charles Martel aussi bien qu'à celles qu'ordonnèrent Pépin et Charlemagne 4.
Il semble que des établissements peu fortunés aient été atteints comme les plus riches. Les églises des vici, les simples
i. Dipl. de Charles le Chauve, 12 janv. 841 : « quia ecclesia tempore rebellionis exspoliata fuisset rébus et mancipiis et plene nec ad Dei' servitium amminiculari nec clericis... subsidia praebere potuissent... ex ipsis rébus propriis villas et cellulas reddidit (Charlemagne à la prière de l'évêque Jérôme), cum mancipiis vel aliis facultatibus, quae-dudum abstracta fuerant » (HF, vin, 428-9) ; Charte de l'évêque de Nevers Hermand, 849 : « praepediente hostium perturbatione regumque discissione, ros ipsius ecclesiae convulsae et dilaceratae... Sed dominus Carolus invictissimus augustus... partem ex rébus memoratae ecclesiae reddidit Hieronymo épiscopo » (Mansi, xiv, 926).
2. Dipl. de Charles le Chauve, 840-3 : « adeo humiliata et rébus sit exinanita... et in eadem... destitutione perstiterit donec atavus noster... Karolus (et notre père Louis) cellas quasdam juris ejusdem episcopii cum rébus aliis... eidem reddiderit » (Thillier, Cart. Sainte-Croix, 33, p. 63).