MONASTÈRES ÉPISCOPAUX AFFRANCHIS PAR LE MAINBOUR ROYAL
d'Aquitaine, établissant Moissac sous la défense de son immunité, stipule que les évêques de Cahors n'auront aucune domination ou pouvoir sur les moines ou sur leurs biens 1. C'est par les diplômes royaux de protection que les moines de Sainte-Colombe font échec aux prétentions des archevêques de Sens2, les moines de Saint-Calais à celles des évêques du Mans3, les moines de Saint-Mihiel à celles des abbés de Saint-Denis4. Lorsqu'au cours d'un procès engagé en 823 devant Lothaire, l'église romaine revendiqua le monastère de Farfa comme sa propriété, les moines établirent que leur communauté avait été placée sous la tuitio des rois lombards et prise par Charlemagne en son nom et en celui de ses successeurs sous le munimen spécial des rois Francs. La condition d'église royale fut ainsi reconnue au monastère, l'avoué des moines représenta la pars du roi et c'est à un inissus de Lothaire que l'envoyé de l'église romaine fit tradition des biens contestés 5. Le roi tient qu'en prenant un monastère épiscopal sous sa protection, il l'a du même coup émancipé. Recevant le 3 juin 818 le monastère de Saint-Gall sous sa
remus » (Lauer, R. A. Louis IV, 23, p. 56). Le 29 sept. 948, il est constaté que les abbés des deux monastères évincés ont déclaré y consentir (30, p. 73).
1. 26 juin 844 : « episcopis vero Caturcensis ecclesiae ut nullam dominationem aut potestatem super ipsos, super eorum res assumant..., salva auctoritate canonica » (HF, VIII, 357).
2. Le 10 juin 833, Louis le Pieux accorde à Sainte-Colombe de Sens un diplôme de mainbour (B M 925). Le 2 avril 836 (B M 961), il déclare que le monastère assujetti c per surreptionem » aux évêques de Sens en est indépendant. Le diplôme du 9 mai 826 (B M 829) accordait la protection royale à l'église de Sens et aux monastères qui lui appartiennent, en particulier Sainte-Colombe, donnée récemment par l'empereur à cette église ; mais ce diplôme est interpolé ; il a été remanié par un faussaire, à l'effet d'établir les droits de Pévêché de Sens ruinés par les diplômes précédemment cités (cf. G. Deschamps, Le priril. d'Emma, dans Le Moyen âge, 1912, p. 155, n. 3). Les archevêques n'ont pas renoncé à leurs prétentions, car, en 847, Loup de Ferrières prie Pardulus d'agir au palais en faveur des libertés du monastère (12, Ep., VI, 22) et le 5 décembre, Charles le Chauve confirmait aux moines leur indépendance (HF, VIII, 494). C'est sans doute vers ce temps, qu'ils interpolèrent le privilège accordé en 660 à leur maison par Emmo et introduisirent une clause par laquelle cet évêque reconnaissait n'avoir sur le monastère aucun « jus possessionis » (art. cité, 159 et notre ouvrage, La propr. ecclés. époque mérov., 139, n. 1).