‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 44 sur 1164 · LES INTRUS SONT-ILS ÉVINCÉS · texte numérisé non relu

LES INTRUS SONT-ILS ÉVINCÉS

choix du synode que des évêques sont établis dans les cités. Aux termes d'un diplôme de Pépin du Ier Janvier 743, son fidèle, Domnolus, tient Y episcopatus de la cité de Mâcon *. C'est évidemment le don du prince qui lui attribua son évêché.

Mais si une conception nouvelle des droits du souverain et des rapports qui relient l'évêque à son église s'est formée, au cours de la tempête où l'ancien droit a fait naufrage, et si elle se maintient en dépit de la réforme, du moins les princes ont pris deux engagements formels qui rétablissent les règles les plus essentielles de la discipline ecclésiastique : les cités auront des évêques et ces prélats seront des évêques légitimes. Pépin et Carloman, s'ils n'ont probablement pas encore, au temps où les synodes se réunissent, pourvu à toutes les vacances, se proposent d'y mettre fin partout et la promesse fut en effet tenue au cours des années qui suivirent 2. Les princes n'établiront sur les sièges épiscopaux que des personnes aptes à revêtir et qui recevront effectivement le caractère épiscopal 3.

Est-ce à dire que les détenteurs laïques des évêchés furent évincés ? Quand les princes francs font ordonner un pasteur légitime, son sacre entraîne-t-il l'expulsion de l'intrus ?

Carloman, le plus zélé pour la réforme, ne fait dans son capitulaire aucune allusion aux usurpateurs des sièges épiscopaux : « Nous avons déposé, dit-il, les faux prêtres, les diacres et clercs fornicateurs et leur avons retiré la jouissance des biens d'église. » Il ne semble pas que pareille mesure ait été prise à l'égard des pseudo pontifes. Pépin précise qu'il établit dans les cités des évêques légitimes ; Carloman déclare simplement y avoir ordonné des évêques.

Dans ses domaines où les sièges épiscopaux sont plus espacés, moins nombreux et pour la plupart moins anciens et plus maigrement dotés que dans les États de Pépin, Carloman n'a eu peut-être qu'à pourvoir à une simple vacance de

1. : « sanctae sedis... episcopatum tenens « (DD maj. domus, 17, p. 104).

2. En Austrasie, il fut pourvu à la vacance des sièges de Liège, d'Utrecht, de Verdun, de Metz (cf. Hauck, Kirchenqesch. Deutschlands, 1, 512). En Neustrie, Pépin d'accord avec saint Boniface se propose d'établir à Reims, à Sens, A Rouen les trois archevêques Grimon, Abel et Hartbert (Cap. Suess., 3, 1, 29 ; Bonif. cp. 57, p. 313). Il avait en vue d'autres vacances, car à Soissons il déclare établir les archevêques sur les évêques légitimes qu'il met en possession.

3. On verra plus loin, chap. v, que dès le règne de Pépin et de Charlemagne, l'évêché tombé pendant la vacance du siège en régale est administré jusqu'à l'entrée en charge du nouvel évêque par un clerc ou un laïque à qui le roi confie l'évêché. C'est un vestige de l'ancienne pratique déracinée par la réforme. Les évêchés furent quelquefois encore entre les mains d'un laïque ou d'un clerc qui n'est pas destiné à recevoir le sacre ; mais cette occupation a toujours un caractère provisoire.

LUTTE ENTRE L'ÉVÊQUE LÉGITIME ET L'iNTRUS 37

siège ; il ne trouvait pas de laïques en possession d'un évêché. Milon, qui siège à Trêves, est un clerc ; peut-être reçut-il alors le sacre épiscopal ; Géwilib a été, semble-t-il, établi par Carloman lui-même sur le siège de Mayence après la mort de Gérold 1. Il se peut que Carloman n'ait pas eu à trancher de litige embarrassant entre les laïques détenteurs de l'évêché et les évêques ordonnés par lui. N

En Neustrie, la situation était sans doute assez différente. Pépin établit des évêques légitimes et il est permis de penser que cette épithète étrange quand il s'agit d'un évêque, le distingue expressément du clerc ou du laïque, simple détenteur de l'évêché. Toutefois, pas plus que Carloman, son frère ne parle de déposer les évêques indignes et de chasser les intrus.

Un fait pourtant est certain : Pépin a cherché à installer le moine scot Abel en qualité d'évêque légitime et même d'archevêque sur le siège de Reims, occupé jusqu'alors par Milon en même temps que l'évêché de Trêves. Mais le seul exemple qui nous soit rapporté en Neustrie d'un siège disputé au détenteur illégitime, montre que les princes francs pouvaient malaisément dépouiller d'un évêché les fidèles de leur maison. A Reims, Milon fit échec à l'établissement du successeur légitime qu'on prétendait lui donner. Abel fut chassé ; son nom ne figure même pas sur le catalogue épiscopal de l'église de Reims, où peut-être il ne put jamais être intronisé. La cité demeura sans pasteur et les biens de l'église continuèrent d'être enlevés et divisés entre des laïques, comme en maints autres évêchés 2. A la fin de sa carrière, Boniface dénonçait encore les méfaits de Milon 3. Dans cette lutte, au cours de laquelle Pépin soutint sans doute mollement l'évêque légitime contre le représentant d'une grande famille qu'il devait ménager 4, ce fut l'intrus qui l'emporta. Ailleurs aussi, sem-

i. Cf. plus haut, n. 3 de la p. 15. Géwilib, laïque à la mort de son père, résidait au palais. Chrodegang que Carloman fait évêque de Metz était notaire au palais et laïque (Hauck, 1,513). L'un et l'autre ont pu être régulièrement ordonnés. De même en Neustrie, Réginfride succéda à Grimon sur le siège de Rouen avant 748 (Lettre de Zacharie, 1 mai 748, J.W. 2287) «de seculariquidemhabitucommutatus» (Gcsta abb. Fontan., 12, SS, p, 285).

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