DON DE L'ÉVÊCHÉ ANTÉRIEUR AU SACRE
Recevoir l'évêché d'un autre que le souverain légitime, des mains d'un usurpateur, d'un roi rival, ce serait manquer à la fidélité qui est due au premier. Un parent de l'aichevêque de Sens Ganelon, le clerc Tortoldus s'était recommandé au roi Charles, lui avait prêté serment. Le roi fait un grief à ce clerc d'avoir reçu l'évêché de Bayeux de Louis le Germanique qui a envahi le royaume. Par là, ce clerc a manqué à la fidélité qu'il avait promise à Charles ; avoir biigué et accepté l'évêché dans de telles conditions est un acte de félonie 1. Au Xe siècle, Te roi Lothaire fera grief à l'archevêque de Reims, Adalbéron, d'avoir autorisé son neveu, clerc de son église, à se rendre au palais d'Otton III et à recevoir d'un autre roi un évêché du royaume de Lorraine dont Lothaire a repris possession. L'archevêque s'est fait le complice du transfuge en lui conférant les ordres du diaconat et de la prêtrise sans la permission de son seigneur 2.
Les évêques ne peuvent consacrer un collègue que lorsque le roi légitime lui a concédé l'évêché. Au temps où Charles le Chauve met la main sur l'héritage de Lothaire II qui est dû, suivant le pape Hadrien II, à l'empereur Louis II, les évêques reçoivent de Rome une circulaire qui leur interdit de consacrer un prélat à qui Louis n'aurait pas fait don de l'évêché.
les hommes de son temps s'inspiraient de ces vertus d'un autre âge, jamais il ne serait fait marché à prix d'argent des honneurs ecclésiastiques en faveur de gens vicieux (Vita Maxim., 2, SS merov., III, 75). C'est sans doute aussi bien des évêchés, des abbayes et des églises rurales, que Paschase Radbert dit que les églises sont confiées à des indignes, à des avares, à des mercenaires, à des ravisseurs et que ceux-là sont les voleurs du Temple qui achètent et qui vendent ce qui appartient à l'église ; car en Gaule, ajoute-t-il, l'hérésie simoniaque n'a jamais pu être extirpée (Exposit. in Math., IX, 21, Migne, CXX, 710). Dans une lettre écrite à Charles le Chauve au sujet de la vacance du siège de Beauvais, Hincmar s'efforçait de le détourner « a 'imoniaca haeresi » (Flodoard, Hist., III, 18, p. 509). Il y fait allusion dans son second traité de la Prédestination (26, Migne, CXXV, 383, 386). Réginon écrit à la louange de Louis le Germanique que près de lui, « nullus per pecuniam ecclesiasticam sive mundanam dignitatem obtinuit » (876, SS, I, 588).
1. Lib. proclam., 13 : « Wenilo... apud fratrem meum Hludowicum obtinuit ut vacans episcopatus, Baiocacensis scilicet civitatis, propinquo suo, clenco meo, nomine Tortoldo, qui mihi se commendavit et fidelitatem sacramento promisit, donaretur qui eumdem episcopatum in mea infidelitate et contra fidelitatem mihi promissam ... accepit » (Cap., II, 452-3).
2. Gerberti ep. 57. Adalbéron écrit par la plume de Gerbert : « Perfidiae ac infidelitatis crimine in regiam majestatem arguor detineri eo quod nepotem meum, clericum videlicet meae ecclesiae licentia donaverim, quia et palatium adierit et dono alterius régis episcopatum acceperit ejus regni quod senior meus Lotharius rex in proprium jus revocaverat, quodque gradus ecclesiasticosei postmodum contulerim, absque licentia et auctoritate senioris mei » (éd. Havet, 54). Il s'agit de l'évêché de Verdun donné par OttonlII, en 984, au neveu d'Adalbéron son homonyme. Cf. ep. 54, p. 51 ; 89, p. '80. L'archevêque se défend d'avoir manqué à sa foi et observe « quod ni gradus ( diaconat et prêtrise) nec provincias, nec civitates, nec villas quae regnorum sunt, conferunt » (p. 55).